Metz, Capitale Européenne de la Culture en 2028 ?

« La capitale européenne de la culture est une ville désignée par l’Union européenne pour une période d’une année civile durant laquelle un programme de manifestations culturelles est organisé.

L’idée de désigner une capitale européenne de la culture a été émise en 1985 par l’actrice devenue ministre de la Culture de la Grèce Melina Mercouri et Jack Lang, ministre de la Culture français afin de rapprocher les Européens en mettant en avant la richesse et la diversité des cultures du continent. Le programme est géré par la Commission européenne et le titre attribué chaque année par le Conseil de l’Union européenne avec l’appui d’un groupe d’experts culturels chargés d’évaluer les proposition des villes candidates. Plus de 50 villes ont été ainsi désignées depuis le début du programme.

La préparation d’une capitale européenne de la culture est souvent l’occasion pour les villes désignées de mettre en place des programmes de renouvellement urbain, de mettre en avant ou changer l’image de la ville et de lui faire gagner un profil international. »

Oui ami lecteur, tu l’auras remarqué, je ne me suis pas foulé pour cette introduction, tout droit extraite de la page Wikipedia sobrement intitulée « Capitale européenne de la culture ». Après tout ça a le mérite d’être clair, et il faut reconnaître qu’on n’a pas si souvent l’occasion de citer Melina Mercouri.

Mais pourquoi ce billet maintenant, me demanderas tu ? Eh bien, il se trouve que cette idée est revenue sur le tapis par l’intermédiaire d’André Rossinot pas plus tard que mardi dernier.

André Rossinot, ancien maire de Nancy (de 1983 à 2014, soit 31 ans, ce qui est joli score) est actuellement président de la Métropole du Grand Nancy. Il se trouve que mardi, il laissait son siège de président du Sillon Lorrain à Jean-Luc Bohl, président de Metz Métropole. Le Sillon Lorrain est un Pôle métropolitain porté par les quatre intercommunalités de Thionville, Metz, Nancy et Epinal, l’idée (plutôt bonne) étant de bosser ensemble afin de mener « des actions d’intérêt métropolitain en matière de développement économique, de promotion de l’innovation, de la recherche, de l’enseignement supérieur et de la culture, d’aménagement de l’espace (…) et de développement des infrastructures et des services de transports.« , nous disent les lois du 16 décembre 2010 et du 27 janvier 2014. Et pour le reste tu iras lire par ici parce que bon, je ne vais pas tout te recopier à chaque fois non plus.

Donc mardi, André profitait de sa passation de pouvoir amicale à Jean-Luc pour lâcher cette idée, comme ça, hop.
Mais ça paraît avoir du sens.
Le sillon a déjà permis, via une candidature commune, d’obtenir le label French Tech en 2015, par exemple. Et puis Metz à fait de « Métropole Art & Tech » le sous titre de sa marque de territoire Inspire Metz, comme tu peux le constater sur le visu à droite, là. Enfin Metz et Nancy continuent à miser sur la culture (Constellations de Metz en est cet année un exemple) avec des budgets non négligeables qui y sont consacrés chaque année (je connais moins les situations de Thionville et Epinal, mais promis j’y jetterai un oeil à l’occasion), et le nombre d’équipements culturels de nature à accueillir spectacles, expositions, conférences… est amplement suffisant sur le territoire.

Cette idée n’est d’ailleurs pas tout à fait nouvelle. On la retrouve, pour Metz , dans un rapport du Conseil Economique et Social Local de 2010, intitulé « Metz 2030, capitale culturelle de la Grande Région« , que tu peux trouver ici et dont voici la conclusion :

« A présent, vous êtes libres de vous en aller ou, si vous le souhaitez, d’enchaîner votre journée par une soirée de spectacles soit à l’Arsenal, à l’Opéra, au Centre Pompidou, soit à la Salle des musiques actuelles, aux Arènes, au Centre dramatique, à l’espace Koltès… Après une telle journée, vous êtes désormais le supporter le plus fervent à la candidature de Metz pour devenir la prochaine Capitale européenne de la Culture… »

On retrouve également cette idée dans le programme du Metz2014.com d’Emmanuel Lebeau, plus proche encore de la version d’André Rossinot : « Accueil de l’exposition universelle/internationale ou tout autre événement international type capitale européenne de la culture, de nature à symboliser le travail de toute la Lorraine dans la reconquête de son rôle moteur : Lorraine 2025. » nous disait il dans une page dédiée au « destin commun » de Metz et Nancy, avant les municipales de 2014.

L’idée semble donc plutôt pertinente, on est encore dans le timing (la prochaine Capitale Européenne de la Culture française sera pour 2028 et la décisions devrait se prendre en 2023)… mais tu me connais ami lecteur, je vais ajouter quelques nuances à ce bô tableau.

La première que je vois est luxembourgeoise. Il se trouve qu’en 2022, nos amis et voisins du Luxembourg auront leur capitale européenne de la culture. Ce sera officiel en septembre, mais tout porte à penser que ce sera Esch-sur-Alzette, notamment parce qu’il me semble que c’est la seule candidate. Et autant te dire que pour Esch 2022, tout est déjà en place : https://esch2022.lu/. De manière tout à fait cohérente avec son territoire, la candidature d’Esch intègre la CCPHVA, joli acronyme qui, comme tu le sais, bien entendu, désigne la communauté de communes du Pays-Haut Val d’Alzette. Cette communauté de commune est la voisine directe de Thionville, comme tu peux le voir sur la carte à gauche, juste là. Bon, ça n’empêche rien en soir, mais lorsque le jury se sélection se réunira en 2023 pour désigner la ville française capitale européenne de la culture, ils vont peut être se souvenir qu’ils étaient 10 bornes plus loin l’année d’avant.

Deuxième nuance, le sillon lorrain ne va pas être seul sur le coup. Nous avons notamment Clermont-Ferrand qui est chaude comme la braise : déclarée en 2015, la ville lance en octobre Effervescences, un évènement pour lancer cette candidature. Voilà le teaser.

Tu auras noté la conclusion « Embarquez pour un voyage inédit vers la Capitale Européenne de la Culture ». Je t’ai dit, chauds patates, ils sont, à Clermont.

Voilà ami lecteur, les quelques réflexions que je me faisais à la lecture de cette proposition lancée par André Rossinot. Il y a certes les nuances que je viens d’évoquer, mais nul doute que les atouts du territoire sont de nature à ce que la piste soit crédible. Et puis quelque chose me dit que si André l’a lancée comme ça, le sujet a déjà dû être un peu creusé. Alors sans nul doute y reviendra t on ici.

Edit du 17/07/2017
Confirmation d’Olivier Bianchi, Maire de Clermont-Ferrand et Président de Clermont Communauté : ils sont chauds patates.

Présidentielle 2017 : la culture dans les programmes

Ami lecteur, il ne t’aura pas échappé que le premier tour d’une élection présidentielle va se dérouler à la fin de la semaine.

Et même si j’ai regardé une bonne partie des débats aux primaires (le Huffington Post peut en témoigner) ou ceux qui ont rassemblé les divers candidats à l’élection, et même si, plus encore, je me suis tapé un certain nombre de facebook live des meetings des principaux impétrants, eh bien je dois t’avouer que j’ai du retard dans la lecture des programmes des candidats à la présidentielle 2017.

Alors voilà, c’est le dernier week end avant ladite élection, et il se trouve qu’il est long (particulièrement chez nous, en Nouvelle Austrasie de l’Est). En ce lundi de Pâques, je te propose donc un peu de lecture, et comme il est sur ce blog plus particulièrement question de culture, de numérique, je te propose de nous focaliser sur ces deux points, qui ont été particulièrement (même si ce ne sont pas les seuls) oubliés lors des débats sus-cités.

Points oubliés dans les débats, mais tous les candidats y font tout de même (heureusement) référence dans leurs programmes. Alors où tu peux trouver ces points « culture » pour chacun d’entre eux.

Bon, il se trouve que France Culture avait déjà fait (et bien fait) le taff par ici : Culture : les propositions des candidats à la présidentielle. Si tu n’as vraiment pas le temps, Le Point a fait une petite vidéo et un court article par ici (mais c’est plus léger hein) : Culture : le match des programmes.

Et l’excellente émission Soft Power, toujours sur France Culture, a fait un bon tour des programmes culture, mais également numérique, des candidats dans une émission du 2 avril, que tu devrais réécouter par ici : La culture est-elle encore un enjeu politique ?.

Voilà, tu as déjà je pense de quoi occuper un peu de ton lundi. Non, ne me remercie pas, c’est cadeau.

Bonus track
Toujours chez soft power, autre très bonne émission, Le quinquennat sans culture ? Bilan du quinquennat Hollande sur la culture et le numérique.

2016, culture, crise, politique : un billet un peu bordélique

Ami lecteur, tu excuseras je l’espère l’aspect un peu brouillon de ce billet. Mais j’hésitais sur le sujet à aborder ici en ce beau dimanche, dernier jour de janvier. Alors je vais en évoquer brièvement plusieurs.

Au départ, je voulais consacrer un billet à cette suppression, par le Conseil Départemental de l’Allier, des subventions aux compagnies de théâtre. Tu peux lire ça dans la presse auvergnate ici (La Montagne) ou ici (France 3 Auvergne). Dans La Montagne toujours, le vice-président chargé de la Culture, du Patrimoine, de l’Enseignement Supérieur, de la Mémoire et de la Jeunesse (ouf), tout en rappelant le contexte d’étranglement des collectivités territoriales (qui est une réalité), objecte aussi que ce n’est pas tout à fait une suppression, puisque les compagnies peuvent prétendre à des « subventions au projet, notamment dans le cadre de l’aide à la diffusion, c’est-à-dire si elles sont sollicitées par les communes ou les communautés de communes pour se produire« . Je pense que ça correspond à ça, sur leur site. On revient un petit peu à ce que, dans notre région, le collectif du 20 janvier a déjà pu évoquer (pour le dire vite, généralisation de l’aide au projet en lieu et place de conventionnements, ce qui laisse moins le temps au développement de vraies créations). Bon, tu me connais, ami lecteur, j’aurais bien fait une comparaison avec les subventions de l’année précédente pour voir. Mais pas de bol, sur le site du Conseil départemental de l’Allier, pourtant assez clair, nulle trace des compte-rendus de séances, ni d’un budget détaillé (tout juste un vague budget 2015 par grands items). C’est d’ailleurs un reproche que l’on peut faire à nombre de sites de collectivités, alors que cette diffusion devrait être une évidence. Pour finir sur ce sujet, je te conseille la lecture d’un article de Fabrice Grenier sur Rue89, bien écrit et un peu triste.

Tiens, puisque j’évoquais juste au dessus le Collectif du 20 janvier (dont je t’ai déjà parlé plusieurs fois par ici), je te signale au passage que ses réflexions continuent comme en atteste la réunion au Manège de Reims lundi dernier. C’est justement au moment où la future politique culturelle régionale va peu à peu se dévoiler que la veille et les propositions du collectif pourront prendre toute leur importance.

saison-1516-theatre-9Pendant ce temps là, au Blanc-Mesnil, il paraîtrait qu’il « y a de la joie ». Ce n’est pas moi qui le dit, mais le programme et l’affiche de saison du Théâtre 9, qui a remplacé le Forum du Blanc-Mesnil l’an dernier. J’avais consacré un billet fin 2014 à cette affaire pour le moins un peu houleuse. Et tu en as un bon résumé chez Regards, autour de l’acception du mot « populaire ». Et l’on peut se demander si la joie ostensiblement affichée par le Théâtre 9 ne serait pas là pour cacher, avec sans doute même une belle pointe de cynisme, le côté un peu triste de cette histoire.

Bon, ami lecteur, tu vas me dire que le ciel de ce dimanche pluvieux de fin janvier affecte le ton de ce billet. Peut être bien. Il est d’ailleurs peu probable que l’on voie une nette amélioration, puisque les dotations aux collectivités territoriales doivent en 2017 être affectées par la même baisse qu’en 2015 et 2016. En dehors des exemples déjà cités ici il y a quelques mois, on peut continuer régulièrement à en ajouter : Lyon, Grenoble ou plus localement Thionville. Même si d’un côté elle rapporte, la culture coûte, et la tentation de couper dans ses budgets va se faire de plus en plus forte du côté des collectivités territoriales, même si de son côté, l’État essaie de compenser, avec une hausse de 2,9% de son budget pour 2016.

Loin de moi l’idée de plomber l’ambiance. Au contraire même, ces mauvaises nouvelles inévitables en temps de crise ont aussi souvent une capacité à re-mobiliser. À l’image de ces manifestation et pétition dans l’Allier. À l’image du collectif du 20 janvier. À l’image de ceux qui étaient attachés à la programmation antérieure du Forum du Blanc-Mesnil et qui se retrouvent hors les murs pour tenter d’y développer une programmation.

boussoleJe dois t’avouer que je ne suis pas toujours convaincu par les modalités de ces actions, mais elles ont chacune le mérite d’interroger notre capacité à penser la politique. Il me semble que la période entière nous y invite d’ailleurs et l’on sent que de ce côté là, il n’y a pas que du côté de la culture que ça se cherche (cf notre primaire, la primaire point org, la transition, la boussole, ou les remèdes contre la gueule de bois politique).

Je reviendrai d’ailleurs sur ces dernières initiatives, ici même, ami lecteur. Pour ma part en tout cas, si la fin janvier appelle encore à la tentation de l’hibernation, tout ça aurait plutôt tendance à me réveiller.

La culture tente d’entrer dans la campagne des Régionales

À moins d’un mois des élections régionales, le moins que l’on puisse dire est que la culture n’apparaît pas franchement comme l’un des enjeux majeurs de la campagne. À l’occasion des différents sondages qui ont pu sortir sur les préoccupations des français au moment de déterminer leur vote (comme ici, page 12), le chômage ou les impôts arrivent loin devant, ce qui semble bien normal étant donné le contexte économique du moment. Plus ennuyeux, la culture n’apparaît même pas dans les propositions des sondeurs. Alors que « les retraites » ou « la menace terroriste », qui sortent à priori complètement des compétences des conseils régionaux, y sont bien présentes.

Capture d’écran 2015-11-11 à 16.50.59Pourtant, les régions mettent de l’argent dans la culture en France : près d’un milliard d’euros par an, dont un bon quart sur le spectacle vivant. Et une campagne devrait être aussi le moment d’interroger les dispositifs existants, de faire de nouvelles propositions, de discuter, d’échanger sur les questions culturelles. Ça ne semble pas vraiment parti pour être le cas, et les acteurs culturels ne s’y sont pas trompé. Ils tentent donc, sinon de remettre cette question au coeur de la campagne, au moins qu’elle ne soit pas totalement oubliée.

Au niveau national, le SYNDEAC (Syndicat national des Entreprises artistiques et culturelles) vient ainsi aujourd’hui même de lancer un « appel citoyen pour les régionales », intitulé Pas de société démocratique sans art et sans culture. C’est avant tout un appel à la participation, au vote, mais qui rappelle également cette importance des Régions en terme de politique culturelle.

Réseau RaoulDu côté du Nord, là où le FN semble le mieux placé pour emporter une région, c’est le réseau raoul (réseau des musiques actuelles en Nord Pas de Calais) qui lance une mobilisation « pour que la culture ne soit pas la grande absente des débats des prochaines élections régionales« . Au delà des élections régionales, l’appel revient aussi sur le désengagement budgétaire des collectivités territoriales dans la culture :
« Des collectivités de la future grande région Nord-Pas-de-Calais Picardie ont voté en 2015 des réductions de subventions inédites aux structures culturelles. Le contexte général de crise et de rigueur ne doit pas justifier de telles décisions. Sacrifier un projet culturel, c’est perdre un espace de créativité, d’innovation, de rencontre, d’échange, de convivialité et d’ouverture sur le monde. ». Une question qui a d’ailleurs alimenté plusieurs billets sur ce blog, ça ne t’aura pas échappé.

Du côté de la future région Languedoc-Roussillon / Midi-Pyrénées, c’est un débat avec les candidats qui a été organisé, avec pour question principale : Quelle politique culturelle pour la grande région ? Bref, cette (re)mobilisation des acteurs culturels semble être présente partout sur le territoire. Il était temps.

« Et du côté de l’ALCA ? », me demanderas tu évidemment, ami lecteur. Eh bien ça fait un moment que la question a été mise sur la table par le collectif du 20 janvier. Je t’en avais d’ailleurs parlé ici même. Le blog du collectif, L’oeil de la baleine, est d’ailleurs une mine d’information. Outre sa volonté d’être associé aux discussions autour de la politique culturelle qui sera définie par le futur conseil régional, le collectif a aussi la bonne idée d’organiser des conférences qui permettent de prendre du recul sur ces questions. Après l’excellent Bernard Stiegler à Strasbourg en septembre, ça a été au tour de l’économiste Christine Sinapi, à l’Arsenal, en octobre.

Et en attendant que je revienne ici même sur ces questions, ami lecteur, je te recommande vivement l’écoute de sa passionnante intervention, ci dessous (et tu peux également aller rechercher son powerpoint par ici).

Une semaine à La Rochelle

L’an dernier, tu t’en souviens peut être, j’avais passé un week end à La Rochelle. Et ça m’avait bien plu. Alors nous y sommes retournés, un peu plus longtemps, histoire de profiter un peu de la ville.

Parce qu’au delà de son Université d’Été du Parti Socialiste, prétexte tout trouvé à ces visites aoutiennes, la Rochelle c’est surtout ça.

Et puis, ami lecteur, nous avons pris le temps de tester quelques endroits où l’on boit et où l’on mange, et certains nombre se sont révélés plus que sympathiques. On mettra d’ailleurs une mention particulière au Comptoir Saoufé, à deux pas du port. FullSizeRenderIl faut réussir à s’y glisser, dans une rue plutôt touristique (la rue du Port), mais une fois que l’on y est, on n’a qu’une envie, c’est d’y rester : un accueil cool (et à toute heure), du vin à prix très raisonnable, des huîtres délicieuses, ça a été l’endroit idéal pour les apéros prolongés. D’autant qu’une terrine se sardine salvatrice sera là pour reprendre consistance en fin de soirée. Pour tout te dire, ami lecteur, nous y sommes allés trois fois… Mention aussi pour le Bistrot des Bonnes Femmes, qu’on se gardera pour le dîner : un petit peu à l’écart du bouillonnement du port (rue des Bonnes Femmes), un accueil également très sympa dans un bien bel espace. Surtout, une cuisine aussi impeccable qu’originale, avec une belle base de produits de la mer (mais pas que) sur fond de musique choisie avec soin (et en vinyl, s’il vous plaît). On y retournera tout aussi assurément. Voilà pour l’instant tripadvisor.

L’an dernier, je t’avais un peu narré les anecdotes de l’Université d’Été 2014, autour d’un PS bien divisé (c’était l’époque du départ d’Arnaud Montebourg, Benoît Hamon et Aurélie Filippetti du gouvernement). Cette année encore, pas d’inquiétude, les anecdotes sont toujours au rendez vous (entre Valls qui mouille la chemise lors de son discours de clôture et l’affaire du dîner du samedi soir). Et puis entre Macron et Marennes, le grand écart sur les idées est encore bien là, même si l’ambiance semble être à l’apaisement (faut pas déconner, il y a des régionales qui arrivent).

Mais il faut aussi constater qu’il y a du contenu, dans ces UEPS. Et cette fois, j’ai regardé d’un peu plus près. Si une bonne partie des conférences de cette année tournaient autour de la COP21, que la question des migrants s’est (heureusement) trouvé au coeur de nombreuses interventions, et que la part des ateliers dédiés aux élections régionales n’était pas négligeable, de nombreuses autres thématiques étaient abordées. Forcément (tu me connais) c’est vers l’un des (trop) rares ateliers consacré à la culture, et plus particulièrement à la loi création que je me suis dirigé. Autour de la table, Patrick Bloche (député PS de Paris et rapporteur du projet de loi), Sylvie Robert (sénatrice d’Ille-et-Vilaine), Olivier Bianchi (maire de Clermont Ferrand et auparavant adjoint à la culture durant une longue période) et Cédric Andrieux (danseur et chorégraphe). Je te fais donc partager ce que j’ai retenu de ces quelques échanges (même si hélas mes quelques notes ne vont pas réussir à te transmettre le grand intérêt qu’ils ont suscité).

Le projet de loi relatif à la liberté de la création, à l’architecture et au patrimoine a été présenté en Conseil des Ministres le 8 juillet dernier par Fleur Pellerin. Les deux parlementaires présents apparaissaient ravis que la culture arrive dans les débats des assemblées. Pour Patrick Bloche, ce projet de loi permet de réaffirmer que la culture est une priorité pour le gouvernement (c’est vrai que ça ne paraissait pas forcément évident jusqu’ici…), après que la loi sur le dialogue social ait permis de sécuriser les annexes 8 et 10. Pour Sylvie Robert « enfin », on va pouvoir parler Art et Culture au niveau parlementaire. Il faut donc « se féliciter de ce projet de loi sur la création ». Et si dans l’intitulé de la loi c’est la liberté de création qui est mise en avant, Sylvie Robert revient sur la notion de liberté de programmation également présente dans la loi et sur les garanties qui qui devront la permettre : en effet, s’il est normal d’avoir une portée déclarative forte sur une loi comme celle ci, seule la portée normative pourra apporter ces garanties. Et ce n’est pas si évident à mettre en place. Olivier Bianchi revient quant à lui sur le changement de couleur politique d’un certain nombre de collectivités (municipalités en 2014, départements en 2015), qui a conduit à une remise en cause de certains projets qui est somme toute assez classique dans ces cas d’alternance (même si ça a sans doute été un peu loin dans certains cas). Il a également développé un point intéressant : les populations ne manifestent pas contre les restrictions budgétaires dans la culture, ils ne sont pas dans la rue pour défendre les théâtres ou les salles de spectacle. Pour que cela soit le cas, il faudrait se ré-interroger sur la place des artistes (et des équipements culturels) dans la cité. L’exemple d’Aurillac a été pris lors d’une intervention dans le public : le festival est si bien intégré à la ville que s’il était vu comme en danger à un moment, oui, la population se mobiliserait sans aucun doute. Cédric Andrieux enfin attire l’attention sur la nécessité d’idée les artistes, bien sur, mais aussi les lieux (si les lieux sont en difficultés, les artistes en feront indirectement les frais).

Dans le détail, tu peux voir le projet de loi par ici. Je t’avoue que jusqu’à présent, je n’y avais jeté qu’un oeil assez lointain. Mais je vais regarder ça plus en détail et tenter de suivre les échanges dans les assemblées, qui devraient débuter dès cette rentrée.

En tout cas, il est plaisant d’aller cogiter sur ces questions dans une ambiance plutôt aimable et assez détendue, propice en tout cas au brainstorming. Malgré des choix musicaux contestables, qui ont d’ailleurs fait que nos tweets sur le sujet, à Margaud A et à moi même, nous ont fait repérer par France TV.

france tv

En tout cas, La Rochelle, tu nous reverras.
Et quant à toi, ami lecteur, je te dis à très vite pour la rentrée, la vraie.

L’été des replays x Culture en temps de crise

logo f cultureAmi lecteur, je rédige ce rapide billet aujourd’hui pour croiser deux mots-dièse qui ne te sont pas étrangers si tu suis ce blog attentivement : l’été des replays et culture en temps de crise. En effet, voici deux podcasts sur le sujet que tu peux retrouver sur France Culture (forcément, serais je tenté de dire).

Le premier est un numéro de Du grain à moudre d’été, émission quotidienne de débats de bonne qualité, parfois juste un peu trop rapides étant donnés les thèmes abordés. L’émission du 30 juillet dernier, par exemple, posait la pertinente question : « Le quinquennat de François Hollande deviendrait-il enfin culturel ? ». Manuel Valls reconnaissait en effet en mai dernier que la baisse du budget de la culture avait été une erreur (le budget de l’état dans ce domaine avait baissé de 4% en 2013 et de 2% en 2014). Est ce que ce mea culpa, et une légère remontée dudit budget en 2015 (+0,33%), voire en 2016, vont suffire ?
Je te laisse écouter l’émission par ici.

Le dimanche en été, Le Magazine de la rédaction de France Culture joue aussi aux replays. Et en l’occurence, il a rediffusé dimanche dernier son édition du 19 juin, intitulé : « Coup de rabot sur la culture : le modèle français en danger ». Tu noteras l’absence de point d’interrogation, ce n’est pas ici une question. Ici, le reportage se focalise sur les conséquences concrètes des baisses de budget du côté des collectivités territoriales. Et c’est éclairant, tout comme l’analyse de l’excellent Emmanuel Ethis.
C’est à écouter par là.

À l’écoute des deux podcasts, une question peut nous apparaître aussi en filigrane : est ce que l’état ne va pas tenter en remontant (légèrement) le budget de la culture, de réparer une petite partie des dégâts que sa propre politique de baisse des dotations aux collectivités est en train de causer ? C’est sur cette question ouverte que je te laisse aujourd’hui, ami lecteur.

Le Centre Pompidou-Metz entre louanges méritées et difficultés annoncées.

Ces derniers jours, les célébrations du Centre Pompidou-Metz se sont succédées dans la presse locale, qu’elle soit messine, avec la publication dans le Républicain Lorrain du billet Pompidou c’est fou ! de Philippe Marque, ou dans L’Alsace, qui a initié une série « Que notre ACAL est belle » et qui publie cet article : Le Centre Pompidou a transfiguré Metz. Il est effectivement utile de rappeler que Metz, la Moselle, la Lorraine et demain l’ALCA, l’ACAL, la région Grand Est disposent là d’un équipement exceptionnel. L’expo Warhol Underground devrait d’ailleurs être un succès et elle le mérite aisément.

Vernissage WARHOL UNDERGROUND | Centre Pompidou-Metz #Metz #Warhol

Une photo publiée par Nicolas Tochet (@nicolastochet) le

Mais dans les deux articles de presse, immédiatement après les louanges pointent les difficultés : quelles sont les collectivités qui doivent participer ? À quel niveau ? Comment peuvent elles maintenir (pour ce qui est du Conseil Régional) ou augmenter (pour ce qui est du Conseil Départemental, avec en filigrane son entrée au Conseil d’Administration de l’EPCC Pompidou-Metz) leur contribution à l’établissement, alors que les baisses des dotations de l’Etat amènent partout des questions bien délicates ? Le budget 2015 aura ainsi été extrêmement compliqué à boucler, comme le relevait, entre autres, La Croix en janvier dernier.

Bref, comme le disait le poète, Tout n’est pas si facile, tout ne tient qu’à un fil.

Il y a quelques jours, je suis tombé sur ce rapide reportage de Public Sénat, qui offre finalement un bon résumé de ces difficultés, mais aussi du jeu politique qui en découle : le président actuel de la Région Lorraine et celui du Conseil Départemental sont tous deux fortement impliqués dans la campagne à venir pour l’ALCA, l’ACAL, la région Grand Est, ce qui laisse à penser que les débats de fin d’année, pour le budget 2016, seront compliqués, là même où les institutions culturelles ont besoin d’une certaine sérénité.
Je te laisse donc avec cette courte vidéo, mais je ne peux que t’encourager à profiter de l’été messin pour courir voir l’expo Wahrol !

L’Atelier du pouvoir [L’été des replays – épisode 1]

Ah l’été, le soleil, le farniente, la plage… mais aussi la saison durant laquelle tu peux prendre le temps de réécouter ou de revoir ces programmes qui t’auraient échappé durant l’année. Il faut dire que nous y sommes aussi franchement incités par des programmations estivales pour le moins fatiguées.

France Culture nous propose ainsi de réécouter les excellents épisodes de L’Atelier du Pouvoir qui, nous indique son pitch, « a pour objet la la politique en tant que telle, à travers l’exploration de ses acteurs, de ses lieux, de ses rites, de ses métiers, de ses moments ». C’est toujours très bien. Tout en restant assez proche de l’actualité, l’émission prend la distance nécessaire,(souvent historique) pour ne pas tomber dans un simple commentaire.

Alors oui, tu peux t’interroger sur la pertinence de faire ainsi des rediffusions alors qu’on a déjà accès aux podcasts de toute la saison écoulée. Mais en l’occurence je ne vais pas m’en plaindre, puisque je retombe par hasard ce matin sur l’émission intitulée Quel Pouvoir pour le Ministère de la Culture ?, qui m’avait étrangement échappée pendant cette année.

C’est par là.

Autour de la table, en plus des producteurs animateur Thomas Wieder et Vincent Martigny : Michaël Moreau, Emmanuel Wallon, Michel Guerrin et Fleur Pellerin, ministre de la Culture et de la Communication. Place du ministère dans les politiques publiques, contraintes budgétaires, hyper-profusion culturelle et algorithmes de recommandation, liberté de création, décentralisation… y sont passées en revue. Bien entendu, une heure c’est bien trop court, mais l’émission vaut largement le détour.

Culture en temps de crise : les départements

Cela ne t’aura pas échappé si tu es un lecteur assidu de ce blog (ce que j’espère), ce n’est pas le premier billet que je consacre à ce que j’appelle ici la « culture en temps de crise« . En effet, plutôt qu’une « crise de la culture », sur laquelle on peut gloser mais qui ne recouvre pas la même réalité, c’est bien de la manière dont les structures, institutions, acteurs culturels traversent cette période de crise économique (qui affecte par ailleurs de nombreux secteurs), dont il est ici question.

Parmi les explications que l’on peut trouver pour ce qui est du secteur culturel, la plus prégnante en ce moment est sans nul doute la raréfaction des moyens publics (sur lesquels tout un pan de l’activité repose), et notamment du côté des collectivité territoriales affectées par la baisse des dotations de l’état.

Si je te parle aujourd’hui des départements, c’est qu’un communiqué du SYNDEAC sorti il y a quelques jours -le 4 juillet- a attiré mon attention. Intitulé Le Département du Nord se retire des politiques concertées de la culture, il alerte sur le vote prévu deux jours plus tard du Conseil Départemental (passé de la gauche à la droite aux dernières élections départementales), qui prévoit « une baisse de ses subventions aux Scènes nationales, aux structures labellisées et conventionnées et à certains Festivals pour un montant total de plus d’un million d’Euros. ». L’information est confirmée dans la Voix du Nord de mardi dernier, dans un article intitulé La culture, «variable d’ajustement» dans le budget du Nord ? :
« En tout, c’est à un peu plus d’un million d’euros, sur une dotation départementale initialement prévue de 5 millions, que va devoir renoncer, en pleine saison, une petite trentaine d’acteurs culturels. Soit une diminution de 20 % pour les scènes nationales et les grandes structures labellisées métropolitaines, 10 % pour celles hors métropoles, et 10 à 25 % pour les festivals. »
La première cause selon Jean-René Lecerf, le nouveau président du Conseil Départemental : « le coup de rabot sur les dotations des collectivités territoriales« .

L’exemple du Nord est le plus visible, mais on peut citer également le département de Maine et Loire qui prévoit de retirer sa participation dans l’Orchestre national des Pays de la Loire (soit 460 000€). Hier dans le Parisen, on apprenait également les baisses annoncées pour un certain nombre d’acteurs de l’Essonne, dont le Plan 2, tout juste inauguré l’an dernier. Partout la baisse des dotations de l’Etat aux collectivités apparaît en première ligne des explications.

De 2015 à 2017, lesdites dotations vont en effet baisser, et c’est déjà chiffré : ce sera 11 milliards d’euros au total, soit 3,67 milliards par an, répartis en fonction du poids des collectivités dans les finances publiques. Cela fera donc 2,1 milliards à « raboter » pour les communes, 450 millions pour les régions et 1,1 milliards pour les départements. Ces derniers représentent peu ou prou 20% des dépenses culturelles des collectivités territoriales (contre 70% pour les villes et 10% pour les régions), qui sont aujourd’hui les principales financeuses de la culture en France, devant l’Etat.

Ces premières baisses sont remarquables, puisqu’elles arrivent en cours de saison. Mais on peut s’attendre à des préparation de budgets 2016 extrêmement délicat pour les structures culturelles, qui plus est dans une période d’incertitude liée aux élections régionales de fin d’année. Et pour la suite, me diras tu ? La baisse est cumulative, et à priori les budgets 2017 des collectivités seront plus compliqués encore à boucler. Et c’est notamment vrai pour les départements, qui, si leurs budgets sont conséquents, ont finalement des marges de manoeuvres limitées par l’importance de leurs compétences obligatoires en matière d’aide sociale.

Dans le même temps, les élus locaux commencent à gronder, notamment du côté de l’Association des Maires de France. Et dans la préparation d’une campagne 2017 délicate, la tentation de relâcher un peu la pression se fera peut être sentir du côté du gouvernement.

Plus près de chez nous (ou en tout cas de chez moi, ami lecteur), alors que le festival Cabanes vient de se relancer et que les discussions autour de la présence du Conseil Départemental au sein du CA de l’EPCC Centre Pompidou-Metz est posée, il sera intéressant de suivre ces évolutions futures.

Et tu sais que tu peux compter sur moi.

Avec de la culture

En cette période incontestablement bien difficile sur le plan économique, la culture est trop souvent absente du débat public, politique. Pourtant, il nous semble que ce n’est justement pas le moment de s’en désintéresser. Bien au contraire, il importe de la remettre au coeur du champ politique et de ses enjeux.

Capture d’écran 2015-05-21 à 11.38.22Dans une campagne municipale thionvilloise qui se singularise par des débats judiciaires, personnels, qui peuvent certes s’expliquer par des circonstances surprenantes mais qui n’en sont pas moins assez éloignés d’enjeux réels, on ne peut que se réjouir de cette démarche d’acteurs culturels, bien présents sur leur territoire. Le fait que Nicolas Turon, Thomas Tomschack et la team Boumchaka soient des amis et (parfois) des compagnons de route n’altère pas (espérons le) notre point de vue sur la pertinence de leur initiative : en s’adressant à tous les candidats, en recensant des propositions simples tout en ne niant pas les difficultés à venir, ils reposent les bases de ce que devrait être, aujourd’hui, un débat local et citoyen sur les politiques culturelles. À Thionville, et ailleurs.

Nous tenions donc simplement à faire savoir que nous soutenons sans réserve cette démarche, et même qu’il faut maintenant songer à l’amplifier. Au delà du seul sujet culturel, la nécessité de l’implication des citoyens dans les affaires de la cité apparaît aujourd’hui évidente pour apporter un regard neuf et un indispensable renouvellement, pour la sortir des écueils du désengagement des habitants et de l’abstention constatée élection après élection.

Cette implication, chacun d’entre nous doit la porter. Et pour notre part, ça sera Avec de la Culture, bien entendu.

Nicolas D’Ascenzio & Nicolas Tochet

Edit : voilà le lien vers le Pacte Culturel « Avec de la Culture » proposé aux candidats.