Les départementales, acte 1, scène 1

Chouette chouette, ami lecteur, revoilà des élections.

Et comme à chaque fois, je ressens une impatience renouvelée à la lecture de la presse, à guetter des mots-dièse, à assister à des débats. Oui, tu me connais, je ne me peux pas m’empêcher de trouver vivifiant le temps électoral et le dialogue entre citoyens et élus, revigorant le débat d’idées et l’échange d’arguments. Bon alors tu me diras que c’est souvent source de déception, notamment parce que lesdits débats ne volent pas toujours haut. Et tu auras raison. Mais voilà, certains se passionnent pour le tennis (alors que tu reconnaîtras que les matchs ennuyeux sont monnaie courante), le football (où l’on guette parfois 90 minutes la moindre occasion pour finir avec deux tirs cadrés), eh bien moi c’est la période électorale.

Je reconnais aussi que pour celle qui arrive là tout de suite, nous partons de loin, ami lecteur. Les cantonales n’ont jamais été parmi les élections ressenties comme les plus passionnantes par les français. Les dernières, en 2011, n’ont pas réussi à atteindre les 45% de participation. En 2008, c’était au dessus de 60 au premier tour, mais en étant organisées simultanément avec les municipales, qui ont tendance à mobiliser un peu plus largement. Il faut dire que des élections cantonales pour élire un conseil général qui gère un département, on n’avait pas forcément fait dans la clarté pour l’électeur. Du coup, ni une ni deux, le législateur a décidé de te simplifier tout ça, en les remplaçant par des élections départementales et des conseils départementaux en vertu de la loi du 17 mai 2013. Ça ne change pas grand chose sur le fond, mais sur la forme, force est de reconnaître que ce n’est pas plus mal.

Et puis tant qu’à faire, le législateur s’est dit qu’il y avait peut être deux-trois autres trucs à dépoussiérer dans les Conseils Généraux. Alors il a jeté un oeil à ce qui s’y passait, et là, il s’est soudain retrouvé avec cet air de Patrick Juvet dans la tête.

Prenons un exemple tout à fait au hasard : le département de la Moselle. Et regardons ensemble cette liste. Tu comprends mieux ? 5 sur 50. Allez, on va encore compter Aurélie Filippetti qui a démissionné dans un souci de non-cumul des mandats, ce qui permet à ces messieurs de passer juste au dessous de la barre des 90% de représentation (45/51). « LoL » serais je tenté de dire. Avec ton oeil aiguisé, tu vas me dire qu’il y a un autre souci au vu de ladite liste : elle ne respire pas tout à fait la jeunesse. Oui bon, ok. Mais le législateur il ne va pas tout te résoudre d’un coup, comme ça, hop. Cantons_de_Moselle_2014.svgLaisse lui le temps. Non, là, il a déjà pensé au binôme : pour chaque canton, les candidats doivent se présenter en binômes. Un homme avec une femme (ben oui sinon ça ne résous rien). Et ici, comme tu es particulièrement affuté aujourd’hui, tu vas me faire remarquer que c’est bien malin, on va se retrouver avec deux fois plus de conseillers départementaux. Eh bien non, tu ne la lui fait pas, au législateur. Il a re-dé-cou-pé via tout un tas de décrets (tiens, celui pour la Moselle est ici, par exemple) et l’on se retrouve aujourd’hui avec 2074 cantons contre 4055 avant la loi.

Tout ça allait plutôt dans le bon sens. Juste, pendant quelques mois, on aurait pu se dire que c’était un peu un baroud d’honneur, puisque Manuel Valls annonçait la suppression des départements, en avril. « Bon et puis finalement non en fait », en novembre. Résultat des courses aujourd’hui, ce n’est pas forcément plus clair, comme nous e dit gouvernement.fr :

Quant à l’avenir des conseils départementaux, trois solutions seront possibles, pour s’adapter aux situations existantes :
– Dans les départements dotés d’une métropole comme Lyon, par exemple, la fusion des deux structures pourra être retenue.
– Lorsque le département compte des intercommunalités fortes, les compétences départementales pourront être assumées par une fédération d’intercommunalités.
– Enfin, dans les départements – notamment ruraux – où les communautés de communes n’atteignent pas la masse critique, le conseil départemental sera maintenu, avec des compétences clarifiées.

Mmh ok. On verra bien quoi.

Bref, tu vois, tout ça n’est pas tout à fait simple. Capture d’écran 2015-02-18 à 08.21.02Mais il faut bien en parler tout de même, ce que font nos amis les journaux. Du coup, même eux se plantent un peu. Par exemple le Monde, qui nous fait un beau récap département par département sur l’enjeu de l’élection (un beau boulot, qu’il faut saluer). Eh ben paf, il oublie 7 cantons sur les 27 que comptent la Moselle. C’est ballot. Et puis on a un peu l’impression qu’il n’y a pas de différence avec le nombre de cantons antérieurs. Sauf que le renouvellement dans les conseils généraux se faisait par moitié, et que seuls 21 cantons avaient été renouvellés en 2011…

Le Républicain Lorrain, de son côté, nous parle de la situation locale, en l’occurrence de Metz 1, et se lance dans les chiffres.

Quant à Christine Singer, l’éternelle candidate, elle avait tout de même frôlé les 10 % lors des dernières cantonales sous la bannière du MoDem. Mais il lui faudrait dépasser les 12,5 % pour se maintenir au deuxième tour…

Alors oui, sauf que l’on parle de 10% des votants aux dernières cantonales. Or il faut 12,5% des inscrits pour se maintenir au second tour. Avec 50% de participation (en étant un poil optimiste), ça nous fait 25% des voix. Ce qui est une autre paire de manche, sans présumer du score de Christine Singer.

Comme tu es décidément observateur aujourd’hui, tu remarqueras sans doute que j’ai subtilement évité une question qui comme ça apparaît pourtant comme essentielle : « Mais au fait, ça sert à quoi un Conseil Général ? ». Et tu auras raison. Pour ne pas tout mélanger, je tâcherai de t’en parler dans un prochain article. On dira qu’avec la clause de compétence générale (supprimée en 2010 mais réintroduite en 2014), il peut intervenir sur à peu près tout. Ceci étant un petit coup d’oeil ici t’indiquera qu’il est désigné comme « chef de file » en matière d’aide sociale, d’autonomie des personnes et de solidarité des territoires (enfance, accessibilité, personnes âgées, prestations sociales…) et puis la construction, l’entretien et l’équipement des collèges, et puis la compétence culturelle,… rien que ça. Et plein d’autres choses.

Et si on s’y intéressait un tout petit, à ces élections départementales, hein, qu’en dis tu ?

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