King & Zynga : Crash Saga ?

Ce matin, ami lecteur, les articles sur le tangage en bourse de King, l’éditeur de Candy Crush Saga, me rappelaient étrangement ceux qui avaient accompagné la chute de Zynga en 2012, également quelques mois après son introduction en bourse. Cela se manifeste d’ailleurs assez bien sur le graphique ci dessous.

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Introduction en bourse moyenne (légère baisse), puis enthousiasme rapide (montée remarquable) avant un écroulement assez évident. Le tout en à peine quelques mois. Pour Zynga, il y a ensuite une longue stagnation à un niveau faible par rapport à son introduction, depuis maintenant 2 ans, pour King l’avenir le dira.

Alors peut on dire que les mêmes causes produisent les mêmes effets ? Les points communs entre les deux entreprises sont en tout cas frappants.

Un jeu emblématique d’abord : chez Zynga c’est Farmville, un jeu de simulation assez basique (en l’occurrence une ferme), et chez King, donc, l’inévitable Candy Crush Saga, un puzzle game à base de bombecs.

Une interaction forte avec les réseaux sociaux ensuite : même si l’on peut utiliser l’essentiel des joueurs les lient au principal réseaux social mondial, aka Facebook (pour comparer ses scores avec ses amis et/ou recevoir certains avantages, voir ci dessous). Et Mark Zuckerberg ne s’en plaint pas l’un comme l’autre rapporte des sommes rondelettes à Facebook : à son apogée, Zynga a représenté jusque 12% de ses revenus. L’action de Facebook avait d’ailleurs dévissé de 5% dans le sillage de la chute de Zynga à l’été 2012. Et en contrepartie, les réseaux sociaux jouent également un rôle prépondérant dans la viralité de ces petits jeux : ne me dis pas que tu n’as jamais reçu une invitation à jouer à Candy Crush Saga ou à Farmville, ami lecteur (ou alors c’est que tu as sacrément bien règlé tes paramètres facebook… ou que tu n’y es pas inscrit). Le groupe Facebook « Encore une invitation a farmville et je brule ta ferme et égorge tes vaches » rencontre d’ailleurs un certain succès, avec plus 80 000 likes.

Délicieux !De multiples déclinaisons du jeu emblématique : chez King c’est Pepper Panic Saga (où l’on remplace les bombons par des piments), Diamond Digger Saga (des diamants), Pet Rescue Saga (des papattes de chiots, parce que c’est mignon). Et chez Zynga, après Farmville, nous avons eu Farmville 2 (ok), ChefVille, CastleVille et même CityVille. Ça laisse songeur et je t’avoue que j’attends avec impatience VilleVille Saga, crossover entre les deux compagnies.

Un modèle économique commun : le freemium. Les jeux sont gratuits. Mais il doivent être addictifs et comporter une limite temporelle assez stricte. Dans Farmville, on cultive des terres, puis on vend des légumes, qui rapportent des sous pour racheter des graines, des animaux, et la, on doit attendre le lendemain pour que le beau cycle de la nature fasse son oeuvre.Cultive ton jardin Dans Candy Crush Saga, tu disposes de cinq tentatives par jour pour passer des niveaux en regroupant des bonbons par couleurs, et en cas d’échec tu dois attendre le lendemain pour récupérer ces vies. Si tu ne veux pas attendre, dans un cas comme dans l’autre, tu peux faire appel à tes amis (s’ils jouent au même jeu bien sûr, ce qui a tendance à te pousser à leur envoyer une invitation à y jouer) ou payer pour acheter des vies dans Candy Crush Saga ou des Farm Coins dans Farmville. Et c’est là (ce n’est que là pourrait on dire) que King et Zynga commencent à gagner de l’argent.

Si Zynga accumule les pertes depuis 2011 (sa dernière année bénéficiaire était 2010), King, continue lui à gagner de l’argent. Et même beaucoup : après plus de 560 millions de dollars en 2013, le bénéfice reste à un très haut niveau, avec plus de 160 millions pour le deuxième trimestre 2014. Pourquoi cet effondrement en bourse ? Cette infographie, trouvée chez iGen, l’explique assez bien.



En gros, si les revenus liés aux jeux « hors Candy Crush » progressent sensiblement, ils ne parviennent à peine à compenser la chute inéluctable de ceux de la locomotive de King. Et les investisseurs craignent probablement qu’ils nous fasse « une Zynga », en ne trouvant jamais de réel successeur à son jeu emblématique.

Je ne vais pas particulièrement plaindre ces deux entreprises : King gagne encore pas loin d’un demi milliard de dollars par an, tandis que Zynga, qui perd de l’argent année après année, voit encore sa capitalisation boursière équivalente à 2,5 milliards de dollars environ. Et ce d’autant moins que le manque d’inspiration de l’une comme de l’autre est désespérant (à lire cet excellent article de Ian Bogost sur Farmville qui lui avait d’ailleurs inspiré la parodie CowClicker) là où des studios indépendants font preuve de trésors d’imagination.

Allez, tiens, je vais même rallumer la console et tâcher de finir Fez.

Edit du 3 novembre 2015 : Activision rachète King Digital Entertainment pour 5,4 milliards d’Euros. C’est l’occasion de remettre à jour ce petit graphique. Si l’éditeur qui semble avoir toujours autant de mal à se renouveler, il continue à gagner plus d’un demi milliard d’euros par an et son cours de bourse tient mieux que celui de Zynga.

zynka king

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