Un week end à La Rochelle

Ami lecteur, je suis sûr que tu en conviendras : l’opportunité d’aller passer quelques jours dans le Sud Ouest à la fin août, après un été messin qui devrait rester dans les annales de la météo pourrie, ne se refuse pas. Me voilà donc parti 28 août pour 72h à La Rochelle, ville bien connue pour ses Francofolies (130 000 spectateurs en 2014)… et son Université d’Été du Parti Socialiste. Je ne pouvais pas manquer l’occasion de profiter de ce week end pour aller voir de près comment ça se passait. Et bien entendu, de te le raconter ici.

Je n’étais jamais allé à la Rochelle. Cette sympathique petite ville (75 000 habitants, 163 000 dans la Communauté d’Agglo) a donc l’heureuse idée de se situer dans le sud ouest. En fait tu pourrais objecter que c’est plus l’ouest que le sud, et d’un point de vue strictement géographique tu n’aurais pas tort. Mais vu que ça ne cause que de rugby, on a bel et bien l’impression d’être complètement dans le sud ouest. D’autant qu’à l’instar d’un FC Metz pour le foot, le Stade Rochellais fête cette saison son retour dans le Top 14, l’équivalent rugby de la Ligue 1 de foot. Ce week end, samedi après midi, Le Stade Rochellais l’a d’ailleurs emporté pour son premier match a domicile depuis ce retour, de bien belle manière (37-25) contre un des ténors de ce top 14, Toulouse. Tandis que le lendemain le FC Metz l’emportait 2-1 contre L’Olympique Lyonnais. Il s’agit des deux premières victoires de cette nouvelle saison pour ces deux promus. Chouette.

Par contre, il est beaucoup plus difficile de savoir qui l’a emporté du côté de cette Université d’été du PS. Mais bon, je vais te raconter ça dans l’ordre.


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Vendredi – jour 1

Après une soirée du jeudi qui m’a permis de découvrir un peu le beau petit port de La Rochelle, le vendredi, à 14h, me voilà donc dans ce haut lieu du pèlerinage socialiste : l’espace Encan, géré par La Rochelle Evènements, et disposant notamment d’une grande halle de 3000m2 dans laquelle se déroule l’essentiel de l’activité. Juste devant, il y a des stands de livres (beaucoup), des journaux, deux bars (le comptoir est un espace de discussion indispensable, je suis sûr que tu ne me contrediras pas sur ce point). Ça discute de tous côtés, ça débat, ça se retrouve de l’année d’avant (enfin pas moi, mais bon). Et à l’heure ou une majorité de français (et on peut la comprendre) est plus que dubitative sur l’utilité des partis, au point que dans les sondages on cherche lequel a la moins mauvaise opinion se retrouver dans un espace où les échanges de vues prennent tant de place a un agréable côté rafraichissant, revigorant.

L’après midi débutait (en toute logique) par la réunion plénière d’ouverture. Ce n’était pas forcément folichon, alors je vais te faire un petit…

Top 3 à l’applaudimètre du vendredi.

  • Numéro 1 : Martin Schultz !
    Même pas besoin de parler pour le président du Parlement Européen, il suffit qu’il soit cité pour déclencher une ola. Du coup, tous les orateurs s’y collent, histoire de s’assurer un petit succès.
  • Numéro 2 : Sayna Shahryari !
    Les jeunes sont en nombre dans la salle. La secrétaire générale du MJS envoie un discours enthousiaste, bien marqué à gauche, et elle respire la sincérité. Joli succès.
  • Numéro 3 Jean-Christophe Cambadelis !
    Mais vraiment pour compléter le podium. Après un discours plutôt plombant et assez long, il finit en trombe devant une salle qui semblait subitement se réveiller d’une petite sieste, sentant sans doute la fin de la séance arriver.

Dans son discours, le Premier Secrétaire du PS évoque notamment les états généraux du PS, une tentative de « réinventer le parti en 100 jours », ce qui représente un joli challenge. Bon, de manière un peu cynique, c’est aussi une manière de faire patienter les militants en attendant un congrès en 2015 qui sera forcément compliqué et que certains réclamaient bien plus tôt. Plus tôt, c’est ce que risque d’arriver aux élections régionales et départementales : la rumeur court un peu tout le long du week end, avant de trouver des échos dans la presse. Mais de ça, j’essaierai de reparler dans un autre post, si tu veux bien. En tout cas, certaines questions préparatoires de ces états généraux envoient du rêve :

Vous avez quatre heures.

J’assiste ensuite à la partie du programme du week end qui m’intéresse finalement le plus : la plénière La révolution numérique : les enjeux pour l’innovation, l’éducation, la création, l’information et les libertés individuelles.
Résultat : un binôme Fleur Péllerin (qui remplaçait Aurélie Filippetti au pied levé) et Axelle Lemaire qui semble tenir son sujet. Des espoirs sont permis de ce côté.

Le soir, j’assiste à la réunion d’Un Monde d’Avance (bon, quand on est à La Rochelle on dit « UMA »… je noterai d’ailleurs tout le week end une affection certaine pour les acronymes), un courant créé par Benoît Hamon revigoré depuis la sortie de celui ci du gouvernement. Ça sent surtout la préparation de la réunion du lendemain (voir plus bas). La bonne phrase viendra d’Henri Emmanuelli qui évoque un échange avec le président de la république sur le vote de confiance :
« – mais Henri, pourquoi tu ne voterais pas la confiance ?
– parce que je n’ai pas confiance… »

La soirée se finira en terrasse dans la douceur de la nuit rochelaise, à siroter quelques verres du côté de la Cour du Temple, en compagnie notamment d’un Édouard Martin nouveau député européen mais définitivement sympathique.


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Samedi – jour 2

A la Rochelle, il y a un peu des manifs permanentes : les chasseurs, les conchyliculteurs, la CGT contre l’austérité, les anti-corrida, les soutiens à Gaza, les papas, les entrepreneurs… L’espace Encan semble assiégé en permanence. Et puis il y a les journalistes.
Il y en a beaucoup.

VRAIMENT beaucoup.
Comme pour l’arrivée de Montebourg, par exemple.

Et les journalistes seront largement comblés ce week end, notamment avec la réunion Vive la Gauche et l’arrivée de Christiane Taubira (que je ne te raconterai pas, je me suis paumé à la plage ce matin là, mais tu peux aller lire ce qu’en dit Charlotte Picard sur son blog).

Des journalistes partout donc. Et grâce à un déjeuner sympathique table recommandée par l’ami Jean-Louis Baudoux, on sera spectateurs de l’attente d’une cohorte de journalistes pendant une bonne heure, puis de chassés croisés invraisemblables avec les politiques tant attendus, qui nous donneront une bonne idée de la patience et (sans doute) de la vacuité de la mission journalistique à La Rochelle.

Et pendant ce temps là, éunion après réunion, Christiane Taubira fait exploser les score à l’applaudimètre.


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Dimanche – jour 3

La clôture des universités d’été est traditionnellement faite par le premier ministre (enfin quand on le PS en a un de son bord sous la main). Dans le contexte actuel, Manuel Valls savait qu’il allait être attendu au tournant. Après un discours de Cambadélis dont, à un moment donné, je me suis demandé s’il était fait pour anesthésier totalement la salle avant l’arrivée du Premier Ministre, celui ci est arrivé sur scène, un peu avant midi. Et là, les Vive Vive Vive la Gauche des frondeurs ont commencé à retentir avec insistance, couvrant les tentatives de Manuel Valls pour entamer son discours. Quelques longs instants. Valls a réussi à calmer la salle, en entamant par un hommage aux victimes de Rosny puis à Christian Bourquin, président du Conseil Régional du Languedoc-Roussillon décédé quelques jours plus tôt. Avant de mieux réinstaurer un rapport de force sur LE sujet du moment : l’économie, l’austérité. « Ou pas » dira-t-il en substance : pour lui la politique menée aujourd’hui ne peut être qualifiée de politique d’austérité. « Oh eh, tu ne te foutrais pas un peu de notre gueule ? » semblaient signifier les huées venant du même côté que les « Vive la Gauche » de départ. Et Valls de faire lever ses soutiens des premiers rangs. Une salle divisée, donc, mais un Premier Ministre moins isolé qu’on ne pouvait envisager l’y voir. Et un peu comme si l’on avait tout de suite commencé par le plat de résistance, la suite de son discours fut nettement plus consensuelle, sur la citoyenneté, l’égalité, la République, la lutte contre les discriminations, des curseurs fondamentaux de gauche qu’il, là, est difficile de contester bruyamment dans une salle comme celle ci.

Tu peux retrouver l’ensemble du discours ici.

Le Premier Ministre aura donc en partie réussi son coup : sans retourner complètement une salle, il aura fini son discours sous des applaudissements nourris. Et les « frondeurs » auront passé un bon week end, en pouvant envisager des perspectives nouvelles pour un parti que non, ils ne veulent pas quitter, mais qu’ils veulent pouvoir considérer comme le leur. L’actualité des prochains mois va en ce sens être passionnante, pour qui s’intéresse un tant soit peu à ce questions.

Et le week end s’achèvera par un (bon) déjeuner Aux Tours De La Perot, puis par un tour à la plage.

plage

Comme pour ne pas oublier de revenir passer un week end à La Rochelle, l’an prochain.

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