La culture tente d’entrer dans la campagne des Régionales

À moins d’un mois des élections régionales, le moins que l’on puisse dire est que la culture n’apparaît pas franchement comme l’un des enjeux majeurs de la campagne. À l’occasion des différents sondages qui ont pu sortir sur les préoccupations des français au moment de déterminer leur vote (comme ici, page 12), le chômage ou les impôts arrivent loin devant, ce qui semble bien normal étant donné le contexte économique du moment. Plus ennuyeux, la culture n’apparaît même pas dans les propositions des sondeurs. Alors que « les retraites » ou « la menace terroriste », qui sortent à priori complètement des compétences des conseils régionaux, y sont bien présentes.

Capture d’écran 2015-11-11 à 16.50.59Pourtant, les régions mettent de l’argent dans la culture en France : près d’un milliard d’euros par an, dont un bon quart sur le spectacle vivant. Et une campagne devrait être aussi le moment d’interroger les dispositifs existants, de faire de nouvelles propositions, de discuter, d’échanger sur les questions culturelles. Ça ne semble pas vraiment parti pour être le cas, et les acteurs culturels ne s’y sont pas trompé. Ils tentent donc, sinon de remettre cette question au coeur de la campagne, au moins qu’elle ne soit pas totalement oubliée.

Au niveau national, le SYNDEAC (Syndicat national des Entreprises artistiques et culturelles) vient ainsi aujourd’hui même de lancer un « appel citoyen pour les régionales », intitulé Pas de société démocratique sans art et sans culture. C’est avant tout un appel à la participation, au vote, mais qui rappelle également cette importance des Régions en terme de politique culturelle.

Réseau RaoulDu côté du Nord, là où le FN semble le mieux placé pour emporter une région, c’est le réseau raoul (réseau des musiques actuelles en Nord Pas de Calais) qui lance une mobilisation « pour que la culture ne soit pas la grande absente des débats des prochaines élections régionales« . Au delà des élections régionales, l’appel revient aussi sur le désengagement budgétaire des collectivités territoriales dans la culture :
« Des collectivités de la future grande région Nord-Pas-de-Calais Picardie ont voté en 2015 des réductions de subventions inédites aux structures culturelles. Le contexte général de crise et de rigueur ne doit pas justifier de telles décisions. Sacrifier un projet culturel, c’est perdre un espace de créativité, d’innovation, de rencontre, d’échange, de convivialité et d’ouverture sur le monde. ». Une question qui a d’ailleurs alimenté plusieurs billets sur ce blog, ça ne t’aura pas échappé.

Du côté de la future région Languedoc-Roussillon / Midi-Pyrénées, c’est un débat avec les candidats qui a été organisé, avec pour question principale : Quelle politique culturelle pour la grande région ? Bref, cette (re)mobilisation des acteurs culturels semble être présente partout sur le territoire. Il était temps.

« Et du côté de l’ALCA ? », me demanderas tu évidemment, ami lecteur. Eh bien ça fait un moment que la question a été mise sur la table par le collectif du 20 janvier. Je t’en avais d’ailleurs parlé ici même. Le blog du collectif, L’oeil de la baleine, est d’ailleurs une mine d’information. Outre sa volonté d’être associé aux discussions autour de la politique culturelle qui sera définie par le futur conseil régional, le collectif a aussi la bonne idée d’organiser des conférences qui permettent de prendre du recul sur ces questions. Après l’excellent Bernard Stiegler à Strasbourg en septembre, ça a été au tour de l’économiste Christine Sinapi, à l’Arsenal, en octobre.

Et en attendant que je revienne ici même sur ces questions, ami lecteur, je te recommande vivement l’écoute de sa passionnante intervention, ci dessous (et tu peux également aller rechercher son powerpoint par ici).

Culture : la création en temps de crise

Ami lecteur, je te propose une petite pause dans ces billets sur les élections départementales. Bon, autant te dire que du côté de la campagne, on ne peut pas vraiment parler de trêve à Metz : deuxièmes tours tendus dans les trois cantons messins, guerre des droites à Metz 3, la campagne semble partie pour se raidir encore dans l’entre deux tours. J’y reviendrai si j’ai un petit peu de temps. Et si vraiment tu es en manque, tu peux trouver (en dehors bien entendu du Républicain Lorrain ou sans doute de La Semaine de jeudi), des blogs qui analysent deci (un résumé par Le Graoully déchaîné) delà (un billet bien plus lol chez metznancy).

Mais voilà, je propose donc une petite pause. Ce matin avait en effet lieu, à l’Arsenal, une conférence de presse du Collectif du 20 janvier, qui faisait suite à celle qui s’était tenue à la Manufacture il y a une dizaine de jours.

Je ne vais pas te raconter la conférence de presse : Charlotte Picard s’en est chargée avec un livetweet pertinent, je te laisse ici le pdf de l’appel du collectif, et on en retrouvera sans doute des compte rendus dans la presse. Mais au cours des témoignages des uns et des autres (structures, festivals, compagnies) des choses intéressantes ont bien été dites sur les baisses de budget bien sûr, sur le risque direct sur la création, sur les artistes qui la portent (professionnalisation mise en cause, entrée de nouvelles compagnies dans le secteur professionnel, appauvrissement généralisé,…), et les risques artistiques induits sur les oeuvres elles-même, peut être moins visibles (autocensure ou censure sous la pression des financeurs, réduction des productions en personnel et en ambition,…).

Je profite donc de l’occasion pour faire passer ici également ce rappel. Tu t’en souviens peut être, il y a quelques mois, j’avais fait un rapide billet sur la fermeture annoncée du Forum, scène conventionnée du Blanc-Mesnil. C’était une fermeture parmi d’autres, que je voulais lister. Et le manque de temps encore. D’autant qu’une dénommée Emeline Jersol a eu l’heureuse idée d’établir une cartocrise basée sur openstreetmap (l’alternative libre à, notamment, google maps). Je te la colle ci dessous, mais va la voir en plein écran ça sera plus clair (mais reviens après, je n’ai pas fini).

Voir en plein écran

Bon, tu vois à peu près l’esprit : plus d’une centaine de structures et de festivals menacés, pas la peine d’en rajouter. Bien entendu, comme dans tout travail collaboratif, il y a un peu de déchet (on y retrouve par exemple le I Love Techno qui a surtout été annulé pour des raisons de sécurité). Mais le constat est là, les restrictions budgétaires font peser sur les acteurs culturels une menace latente, qui parfois conduit des lieux à l’économie déjà précaire à une fin rapide.

Indéniablement, le changement de majorité d’un certain nombre de villes aux dernières municipales, ajouté aux restrictions budgétaires imposées aux collectivités territoriales est en train de subitement complexifier les relations entre élus et professionnels de la culture. La Gazette des communes, qu’on pourra difficilement taxer d’un gauchisme exacerbé, en fait d’ailleurs un bon dossier auquel je t’encourage à aller jeter un oeil attentif. Les élus font pourtant, pour certains d’entre eux en tout cas, ce qu’ils font pour limiter la casse : en même temps que la conférence de presse de ce matin, le Maire de Metz annonçait la signature prochaine d’un Pacte Culture avec Fleur Pellerin, ayant pour objectif de sanctuariser les budgets cultures affectés à la ville, que cela soit par la municipalité ou par le ministère. Au delà de la sauvegarde d’une ligne budgétaire, c’est le symbole qui est important ici : il faut, surtout dans la période que nous vivons, réaffirmer l’importance d’avoir de la création, de la diffusion de spectacles et de la circulation d’oeuvres, des solutions et des moyens pour que des publics nombreux et différents y accèdent.

D’ailleurs, la réunion du Collectif ne pointait pas les élus en coupables, mais plutôt l’absence de la culture dans le débat public ces dernières années, notamment lors des échéances électorales. Ce n’est pas la campagne en cours qui démentira cet état de fait. Surtout, il apparaît évident que les solutions ne pourront se trouver qu’ensemble : élus, acteurs culturels, publics. Citoyens, simplement.

Tu vois que tout ça, finalement, se recoupe plutôt, non ?

L’orchestre Philharmonique de MS20

Toute cette semaine L’Orchestre Philharmonique de MS20 reprend du service, pour une semaine d’ateliers et de concerts.

Cela fait déjà presque sept ans qu’avec quelques amis nous avons créé cette formation, qui relevait plus de la blague de potaches que d’un projet sérieux. Le MS20 est un synthétiseur créé par Korg à la fin des années 1970. Il est subitement revenu à la mode dans les années 1990 (notamment par le biais de l’utilisation qu’en ont fait des groupes comme Daft Punk ou Air, comme le montre cette vidéo). En constatant que nous étions quelques amis à Metz à avoir le plaisir d’en posséder, l’idée de faire une formation musicale avec uniquement ces chouettes claviers nous est venue (oui, effectivement, tard, dans un bar, comme tu le supposais déjà avec ta sagacité habituelle).

Cette idée saugrenue serait sans doute restée aux oubliettes d’une conversation de comptoir si la prestigieuse salle de l’Arsenal n’était pas à la recherche, à cette période, d’un projet décalé pour sa soirée de lancement de saison. En quelques semaines, il nous a donc fallu composer un répertoire. Ou plutôt, en l’occurence, une liste de reprises, puisque c’est sur cette piste que nous sommes partis : Kiss, The Beatles,… mais aussi l’Aventurier, improbable tube du groupe Indochine.

Le son te semble kitsch ? Eh bien c’est normal. Le MS20 est un synthétiseur monophonique (on ne peut jouer qu’une note à la fois), nous nous répartissons donc les différents instruments d’un morceau, et nous les interprétons… avec les possibilités du MS20, qui en terme d’imitation d’instruments restent bien limitées.

Ce concert à l’Arsenal, aurait pu être un one-shot. Mais c’était drôle, le public s’est montré réceptif et nous avons été surpris de nous retrouver à la Nuit des Musée au Luxembourg la même année, puis à la Nuit Blanche Metz, au NEST à Thionville… L’an dernier, nous avons même adapté le projet pour les enfants, en leur racontant avec nos petites reprises une histoire des musiques actuelles. Avec de nouvelles reprises, comme ce Smells Like Tee Spirit de Nirvana.

Cette semaine, nous serons donc à l’Adagio, à Thionville, pour une exposition de synthétiseurs ainsi que quatre représentations le mercredi après midi. Et oui, ne t’en fais pas, avec mes amis, nous cherchons encore d’autres idées idiotes pour l’Orchestre Philharmonique de MS20.

MV XIII (part I)

Et hop, ami lecteur, sans que l’on y ait trop pris gare, nous sommes déjà à la mi novembre -ou presque-, le monde du dehors est vent et pluie et les petits ouvriers du Père Noël (ou d’une autre entreprise, je ne sais pas) construisent des cabanes sur les places Jacques et Saint Louis. Je me rends en général compte qu’on approche dangereusement de Noël lorsque les Musiques Volantes se terminent. Ca sonne la fin de la frénésie de la rentrée culturelle (particulièrement animée cette année) et l’entrée dans une longue phase d’hibernation.

Je n’aurais pas tout vu à cette treizième édition de Musiques Volantes. Je n’ai ainsi pas assisté au concert du dimanche de Charlie O, ni hier au live d’Alela Diane, un peu épuisé que j’étais par la semaine qui venait de s’écouler.

Par contre, les Musiques Volantes auront commencé pour moi avant d’arriver à Metz, avec une soiJohn & John - Musiques Volantes 13Le premier groupe fût de mon point de vue la très bonne surprise de la soirée : John et Jehn sont beaux, jouent bien, avec une aisance évidente et sont visiblement amoureux. Bref, ils sont très énervants. Mais comme leur musique teintée de cold-no-wave du meilleur goût est particulièrement efficace, on leur pardonne. Bons morceaux, très bon concert, ça commençait carrément bien. Gravenhurst m’a un peu plombé la soirée par contre. La garçon a une très jolie voix, et enchaîne de beaux morceaux folk tristes. Et tu me connais ami lecteur, je ne suis pas forcément partisan des concerts festifs. Mais là, si j’ai effectivement pu être assez séduit au départ par ces chansons déprimées, au bout de la huitième sur la même tonalité, et alors qu’il était déjà minuit je commençais quand même à m’ennuyer quelque peu. Il avait en outre bien du mal à quitter la scène, demandant à un public d’irréductibles fans quelles chanson de son répertoire il souhaitait. Nous avons poursuivi la soirée au d:qliq avec un DJset pas désagréable, mais sans grande originalité d’un fluokid.

À Metz, Musiques Volantes commençait le jeudi avec une soirée d’ouverture, qui semble désormais une habitude, à l’Arsenal. Discours et petits fours (bleus et verts, au couleurs de cette édition de MV), suivi d’une création de la compagnie Kubilaï Kahn. Très bien ce spectacle. Si comme au début de l’année au théâtre du Saulcy pour leur précédente production, j’ai du mal à en percevoir le sens, les impressions restent agréables. Et la musique de Kafka, un post rock dont on sent les inspirations, de Tortoise à GYBE!, était du meilleur effet pour l’occasion. Suivait un live d’Alva Noto, une musique contemplative soutenue par une video toute en frémissement de neige sur un écran géant. Joli et cotonneux, j’aurais même pu me laisser gagner par le sommeil, la fatigue de la semaine me gagnant déjà. Mais nous ne sommes pas restés jusqu’au bout de ce set, tenaillés par l’envie d’aller jeter un coup d’oeil aux excellents Papier-Tigre, calés en dernière minute au tunnel. Nous étions là hors du cadre de Musiques Volantes… mais leur set math rock nerveux et efficace en était largement au niveau.

(à suivre)