La géolocalisation : miroir à deux faces

Cette chronique est originellement parue dans La Semaine n°458 du 30 janvier 2014

Nous inaugurons la première édition de cette chronique avec un terme qui n’a même pas le bon goût d’apparaître dans la plupart des dictionnaires. Pourtant, il ne vous aura pas échappé que l’on en parle régulièrement depuis quelques années maintenant, et tout particulièrement dans l’actualité récente.

La géolocalisation est l’ensemble des procédés techniques permettant de déterminer les coordonnées géographiques d’un objet « connecté » (en général, un smartphone) et de le localiser sur une carte. Et par conséquent, du même coup, la personne en possession dudit objet.

Il y a trois mois, la Cour de Cassation interdisait de géolocaliser un suspect via son téléphone portable, en s’appuyant à la fois sur la grande Convention Européenne des Smartphones Droits de l’Homme et sur un petit vide juridique français. Les procureurs de la République -pour qui c’est maintenant un outil de travail dans la vraie vie et pas uniquement dans Les Experts- se sont donc réveillés en demandant au gouvernement de rapidement combler le vide en question. Ils ont été entendus : un projet de loi est arrivé au Sénat pas plus tard qu’il y a deux semaines et, esquivant courageusement la plupart des amendements, continue maintenant vaillamment sa route vers l’Assemblée Nationale.

Bizarrement, le texte n’évoque pas seulement les smartphones mais tous les «objets connectés». Ce qui pourrait apparaître comme un détail a fait réagir l’ASIC (Association des Services Internet Communautaires, regroupant en France : Google, Facebook, Microsoft,…), qui évoque la possibilité que demain les autorités pourraient chercher à localiser un individu via sa “montre connectée”, ou sa “brosse à dents connectée”. Ne riez pas, on y arrivera bien un jour : oui, ça intéresse grandement Facebook de savoir quand et chez qui l’on se brosse les dents, sans compter le paramètre souple/dur et la marque du dentifrice. Mais si ça apparaît dans un texte de loi, le consommateur pourrait vite sombrer dans une forme de paranoïa légère (quoique peut être justifiée) et les brosses à dents connectées risqueraient de beaucoup moins bien se vendre.

Nous suivrons de près cette affaire sérieuse. Mais il existe aussi un usage apparemment plus léger et en tout cas volontaire de la géolocalisation. Une application comme Foursquare permet d’indiquer à vos amis l’utilisant également à quel endroit l’on se trouve, de recommander des lieux de sortie, d’indiquer des bons plans, de noter les bars ou les restaurants. Pour Metz, on retrouve entre autres dans le top le Rubis («The place to be in Metz !» – Pauline), les Berthom («Bonne bière et serveur très sympa !» – Marie E.) ou les Trappistes, («Le midi simple, pas cher, bon» – Marc-Olivier T.). Et puis, cerise ludique sur le gâteau numérique, Foursquare attribue le titre de «Maire» d’un espace à celui ou celle qui y a publié le plus de «pointages».

D’ailleurs, cette dernière fonctionnalité, par les temps qui courent, pourrait sans doute intéresser certains utilisateurs messins. Dominique G. ou Marie-Jo Z, par exemple.

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Edit du 25 août 2014

La loi relative à la géolocalisation a été votée le 28 mars 2014, et promulguée le 29. Les inquiétudes de l’ASIC n’ont pas été prises en compte : la notion de « tout objet » est bien restée dans le projet de loi, l’intervention du juge des libertés seulement au bout de quinze jours également…

Foursquare a été scidée en deux applications : Foursquare (toujours) pour les listes de bons plans, et Swarm pour la géolocalisation instantanée et l’organisation de sorties en dernière minute. L’ami Maxime Pisano en a fait un test rapide et efficace dès sa sortie par ici.

Et il semblerait que Dominique G. en ait fait un meilleur usage que Marie-Jo Z.

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