Région ALCA

Ami lecteur, depuis hier après-midi, le nom de la nouvelle région Alsace-Champagne-Ardenne-Lorraine est subitement devenu un sujet de conversation. Je t’avoue que je ne m’étais pas vraiment posé la question jusque là. Mais bon, avant de revenir sur ce nom, un rapide retour en arrière s’impose.

Le 15 janvier 2015, le Conseil Constitutionnel validait la nouvelle carte des régions françaises, après une adoption du texte définitif à l’Assemblée Nationale le 9 décembre 2014. L’un des objectifs étant de réduire le nombre de ces régions (en l’occurence de 22 à 13 pour la France métropolitaine), un certain nombre de fusions ont été opérées. Certaines régions restées en l’état (Bretagne, Centre, Île-de-France, Corse, Pays de la Loire), la plupart de ces fusions ont regroupé deux régions à la fois (Auvergne et Rhône-Alpes, Bourgogne et Franche-Comté, Languedoc-Roussillon et Midi-Pyrénées, Nord-Pas-de-Calais et Picardie, Basse-Normandie et Haute-Normandie) et deux fusions ont été opérées sur trois régions : Aquitaine, Limousin et Poitou-Charentes / Alsace, Champagne-Ardenne et Lorraine. Bon, il se trouve que c’est dans cette dernière que je suis né et que je réside.

logo regionPhilippe Richert remporte des élections à la dramaturgie surprenante (avec 48,4% de voix, devant Florian Philippot, 36,1% et Jean-Pierre Masseret, 15,5%) et devient donc le premier président de cette nouvelle région. Pour en déterminer la dénomination, une démarche participative est mis en place et un comité de réflexion est mis sur pied. Après trois journées de réflexion, celui-ci à abouti, hier, à trois noms possibles.

Rhin – Champagne
Nouvelle Austrasie
Acalie

Bien entendu, les réseaux sociaux se sont rapidement emparés de cette information, avec une ironie parfois mordante, notamment sur Twitter.

Bon et puis tu me connais, je n’ai pas pu m’empêcher d’y aller également de mon petit tweet. Et j’ai été d’ailleurs assez surpris de son audience rapide, signe de l’intérêt des internautes pour ce sujet à ce moment précis.

Pour ce que j’ai pu en lire sur Facebook, on était plus dans le registre de l’énervement que de l’ironie, souvent teinté de reproches sur les choix de ce comité, voire même sur le comité en lui-même. De mon point de vue, ami lecteur, c’est relativement injuste. Une fois que l’on a râlé, ironisé, ou levé quelques lièvres (comme l’ami Thirry Labro l’a ici une nouvelle fois très bien fait), on se rend vite compte qu’il n’y a probablement pas de bonne solution à ce problème. L’étape précédente avait abouti à 15 noms, répartis en 9 groupes :

    Grand Est / Grand Est de France
    Uniest / Union Grand Est / Estunion
    Austrasie / Austrasia / Nouvelle Austrasie
    Acalie / Alcadie
    Orest
    Estrie
    Ile d’Europe
    Rhin – Champagne
    Marches de l’Est

Je ne sais pas toi, mais déjà là, je ne trouvais rien de satisfaisant. J’y vois deux raison essentielles.
1. les habitants de cette nouvelle région (dont moi) étaient déjà, avant sa création officielle, les plus critiques en France (51% considérant que c’est une mauvaise chose, 20% une bonne chose, dans un sondage TNS Sofres d’octobre 2015). Deux mois après la création de la région, le choix de son nom de la région est finalement l’un des premiers éléments concrets de la fusion. Le scepticisme exprimé avant les élections, peut être un peu oublié depuis, redevient forcément vivace à cette occasion.
2. la mission de trouver ex-nihilo un nom qui pourrait faire consensus auprès d’une population de 5,5 millions d’habitants semblerait impossible même à Jim Phelps.

Je pense donc que le comité à fait ce qu’il pouvait pour tenter de trouver la réponse la moins pire à un problème insoluble. Allez, rapidement, ami lecteur, mon avis rapide sur ces trois noms :
Acalie : simplicité bienvenue, mais la tentative de transformer un acronyme en nom ne peut pas fonctionner. Un nom fort a besoin d’une étymologie qui ne l’est pas moins.
Nouvelle Austrasie : le plus fort en terme historique. Mais ce « nouvelle » ajouté à Austrasie rallonge le nom et construit une drôle d’opposition. Sans compte cette impression de se retrouver loin, quelque part entre la Nouvelle-Zélande et l’Australie. En tout cas, Austrasie seul serait peut être finalement mieux passé, malgré son petit côté moyenageux.
Rhin-Champagne : jolie tentative de fixer des repères marquants et connus, mais on identifie des frontières qui sont un fleuve d’un côté et un territoire de l’autre, ce qui relève d’une certain incohérence, et dans le même temps on oublie la Lorraine entre les deux. Vexant pour l’ « ancienne région » qui était la plus peuplée des trois.

grand-est-magazine-n-2-1453717019On ne saura pas vraiment pourquoi « Grand Est » est passé à la trappe, même si Frédéric Schnur semble avoir quelques explications techniques. Le nom était celui le plus repris jusque là (il avait même déjà son magazine « officiel ») s’imposait assez naturellement, mais ne pouvait pas se targuer d’une grande attractivité.

La suite ça sera un vote des internautes en ligne, pour choisir parmi les trois propositions sus-citées (ou éventuellement en ajouter) une. D’ailleurs c’est là que le lièvre levé par Thierry Labro prend toute sa saveur, puisqu’il y a déjà de « faux votes » en ligne possible sur les noms de domaine éventuels de la future région. Puis, ce sera le vote, officiel celui là, de l’Assemblée Régionale (dont tout porte à croire qu’elle s’orienterait vers Rhin-Champagne). Et enfin, une validation par le Conseil d’Etat (au plus tard le 1er octobre 2016).

Et donc, jusqu’ici, je t’avoue que de mon côté je m’étais posé la question de loin, sans vraiment y penser. Finalement, après une réflexion qui n’engage que moi, un dimanche sur mon canapé, je me dis que la solution la plus simple serait de rester à ACAL ou ALCA. C’est simple, court, et l’acronyme permet de conserver les trois régions dans le titre (au delà de la baseline qui devrait de toutes façons rester Alsace-Champagne-Ardenne-Lorraine). Ça évitera ainsi de focaliser le scepticisme entourant la nouvelle collectivité sur son nom inventé. On se souviendra d’ailleurs qu’une autre tentative de trouver un nom ex-nihilo à une région « acronymique » avait assez largement échoué en 2009 : la région PACA est restée PACA. Et ses habitants n’ont pas vraiment de nom officiel. Je ne suis pas bien sûr qu’ils s’en portent plus mal.

Reste cet intense débat, ami lecteur : ACAL ou ALCA ? Pour ma part, j’ai une petite préférence pour Région ALCA. Et toi ?

14/03/2016

Edit 1 : l’ami Grégory Boyer me signale que le nom officiel de la région PACA est Provence-Alpes-Côte d’Azur et que « L’acronyme, quel qu’il soit, ne permettant pas d’identifier géographiquement la Region, poserait un problème sur le plan juridique avec un risque de censure de la part du juge administratif ». J’en prend acte, et donc on va dire que je serais pour « Alsace-Champagne-Ardenne-Lorraine », qu’on qualifiera sans doute par l’usage d’ALCA.

Edit 2 : Philippe Richert était ce matin l’invité du réseau France Bleu de la région ALCA (France Bleu Alsace, Champagne-Ardenne, Elsass, Lorraine Nord, Sud Lorraine). Tu peux retrouver le compte rendu par ici. Mais en tout cas, il a déjà fait son choix.

En 2015, j’ai voté

… et plutôt quatre fois qu’une. Cette année, ami lecteur, nous avons en effet eu la joie de pouvoir nous rendre quatre fois aux urnes, pour les deux tours des élections départementales les 22 et 29 mars, puis les deux tours des IMG_8254régionales les 6 et 13 décembre. Avec les trois tours de 2014 (municipales et européennes), cela fait sept dimanches de vote en deux ans. Autant dire que l’année 2016 qui s’annonce sans élections (sauf surprise) va me faire un peu bizarre.

Alors que retirer de ces élections, finalement ?

D’abord que chacune d’entre elles ont été traversées par deux lois : la loi du 16 janvier, qui redessiné la carte de France des Régions (ça ne t’aura pas échappé) et modifié le calendrier électoral (les deux élections devaient être concomitantes). Et la loi NOTRe (Nouvelle Organisation Territoriale de la République), promulguée le 07 août 2015, qui a modifié les compétences des différentes collectivités.

Ensuite que personne ne les a franchement gagnées. Voilà mon analyse de comptoir, en moins de 200 mots.

Le FN a largement dépassé ses records électoraux précédents, et a fait élire parmi ses membres un certains nombre de conseillers départementaux (62 contre… un seul jusque là) et régionaux (358 contre 118 avant ces élections). Et rafle donc les financements qui vont avec. Mais il n’a pas réussi a remporter l’un des exécutifs de ces collectivités.
Si l’on regarde les cartes de France en bleu et en rose d’après les élections, l’UMP les a remporté tranquillou : elle contrôle 67 départements (28 de plus qu’avant les élections) et sept régions sur 13 (contre… une sur vingt-deux jusque là). Mais ça n’est à la fois pas le raz de marée qui semblait annoncé par la défiance envers le gouvernement, et le tout se passe sur fond de brouilles internes, sans ressentir un large enthousiasme populaire.
Le PS limite donc la casse. Mais perd un grand nombre d’exécutifs et d’élus au passage. Et parler de brouilles internes serait un euphémisme à gauche.
Du côté des Verts et de la gauche de la gauche, souvent partis seuls à ces élections, sans accord avec le PS, il n’y a pas grand chose à sauver du point de vue électoral.

Hop, 200 mots, ça c’est fait.

Et au niveau local me diras tu ? Eh bien comme nous sommes sur ce petit blog au moment de ce bilan de fin d’année, je t’invite à aller relire la petite série d’articles que j’avais réalisé au moment des élections départementales. J’avais suivi ça d’assez près. Quant aux régionales… disons que, alors qu’avec l’ami Thierry Labro nous étions bien motivés (notamment après quelques échanges assez drôles au cours des départementales), le temps nous a manqué d’écrire sur le sujet. Et que les évènements de la fin d’année ont écrasé le peu de motivation qu’il m’a resté. Mais je pense que je reviendrais sur l’invraisemblable mélodrame local de ces régionales.

En attendant, pour ne pas rester sur la goût amer que pourraient laisser ces élections, avec quelques amis, nous nous sommes décider à agir. Ça s’appelle la boussole, et tu peux trouver quelques infos ici, un petit début, une bribe. Parce que nous ne pouvions pas en rester là, et pour ne pas simplement attendre le prochain vote.

Notamment parce qu’en 2016, il n’y en a pas.

Faire un détour par le bureau de vote

Aujourd’hui, c’est la Saint Nicolas, les magasins sont ouverts, la médiathèque Jean Macé également. C’est l’occasion d’aller flâner en ville (d’ailleurs je te recommande les parkings relais et le Mettis si tu veux éviter de passer trois heures dans ta voiture, tu verras, c’est rudement bien fichu), parce que c’est beau, Metz, en hiver.

IMG_7507Par contre, je pense que ce serait bien d’en profiter pour faire un détour par le bureau de vote. Comme le disait assez justement l’ami Thierry Labro​ hier, « Allez voter ! » c’est nul comme projet politique. L’injonction ne résoudra rien, la tentative de culpabilisation des électeurs non plus : le père fouettard, ça fonctionne éventuellement pour un gamin de 6 ans, un jour comme aujourd’hui. Et encore.

Les listes proposées ne te conviennent probablement pas. À moi non plus à vrai dire. Mais il ne tient qu’à toi, à moi, d’y figurer. Ou au moins de se mobiliser, de s’exprimer, de faire un lobby suffisamment efficace pour que les idées que l’on croit bonnes et utiles y soient présentes, elles. Alors ok, sans doute qu’on ne le fait pas assez, on fainéante, on va faire les magasins, on bosse, on voit des potes. Mais promis, on va s’y mettre, adhérer à des partis, à des associations, à des syndicats, on va faire le bénévole et on va monter des boîtes, d’où que l’on soit, collectivement ou individuellement, on va les porter, ces idées.

On va s’y mettre, lundi Ou allez, on va s’y mettre en 2016, parmi les résolutions que ce coup ci, on va tenir.

En attendant, aujourd’hui encore, on va faire avec ce qu’on a. Alors va glisser le bulletin de qui tu veux dans l’urne. En tout cas, dans cette journée que je te souhaite belle, je pense que ce serait bien de faire un détour par le bureau de vote.

La culture tente d’entrer dans la campagne des Régionales

À moins d’un mois des élections régionales, le moins que l’on puisse dire est que la culture n’apparaît pas franchement comme l’un des enjeux majeurs de la campagne. À l’occasion des différents sondages qui ont pu sortir sur les préoccupations des français au moment de déterminer leur vote (comme ici, page 12), le chômage ou les impôts arrivent loin devant, ce qui semble bien normal étant donné le contexte économique du moment. Plus ennuyeux, la culture n’apparaît même pas dans les propositions des sondeurs. Alors que « les retraites » ou « la menace terroriste », qui sortent à priori complètement des compétences des conseils régionaux, y sont bien présentes.

Capture d’écran 2015-11-11 à 16.50.59Pourtant, les régions mettent de l’argent dans la culture en France : près d’un milliard d’euros par an, dont un bon quart sur le spectacle vivant. Et une campagne devrait être aussi le moment d’interroger les dispositifs existants, de faire de nouvelles propositions, de discuter, d’échanger sur les questions culturelles. Ça ne semble pas vraiment parti pour être le cas, et les acteurs culturels ne s’y sont pas trompé. Ils tentent donc, sinon de remettre cette question au coeur de la campagne, au moins qu’elle ne soit pas totalement oubliée.

Au niveau national, le SYNDEAC (Syndicat national des Entreprises artistiques et culturelles) vient ainsi aujourd’hui même de lancer un « appel citoyen pour les régionales », intitulé Pas de société démocratique sans art et sans culture. C’est avant tout un appel à la participation, au vote, mais qui rappelle également cette importance des Régions en terme de politique culturelle.

Réseau RaoulDu côté du Nord, là où le FN semble le mieux placé pour emporter une région, c’est le réseau raoul (réseau des musiques actuelles en Nord Pas de Calais) qui lance une mobilisation « pour que la culture ne soit pas la grande absente des débats des prochaines élections régionales« . Au delà des élections régionales, l’appel revient aussi sur le désengagement budgétaire des collectivités territoriales dans la culture :
« Des collectivités de la future grande région Nord-Pas-de-Calais Picardie ont voté en 2015 des réductions de subventions inédites aux structures culturelles. Le contexte général de crise et de rigueur ne doit pas justifier de telles décisions. Sacrifier un projet culturel, c’est perdre un espace de créativité, d’innovation, de rencontre, d’échange, de convivialité et d’ouverture sur le monde. ». Une question qui a d’ailleurs alimenté plusieurs billets sur ce blog, ça ne t’aura pas échappé.

Du côté de la future région Languedoc-Roussillon / Midi-Pyrénées, c’est un débat avec les candidats qui a été organisé, avec pour question principale : Quelle politique culturelle pour la grande région ? Bref, cette (re)mobilisation des acteurs culturels semble être présente partout sur le territoire. Il était temps.

« Et du côté de l’ALCA ? », me demanderas tu évidemment, ami lecteur. Eh bien ça fait un moment que la question a été mise sur la table par le collectif du 20 janvier. Je t’en avais d’ailleurs parlé ici même. Le blog du collectif, L’oeil de la baleine, est d’ailleurs une mine d’information. Outre sa volonté d’être associé aux discussions autour de la politique culturelle qui sera définie par le futur conseil régional, le collectif a aussi la bonne idée d’organiser des conférences qui permettent de prendre du recul sur ces questions. Après l’excellent Bernard Stiegler à Strasbourg en septembre, ça a été au tour de l’économiste Christine Sinapi, à l’Arsenal, en octobre.

Et en attendant que je revienne ici même sur ces questions, ami lecteur, je te recommande vivement l’écoute de sa passionnante intervention, ci dessous (et tu peux également aller rechercher son powerpoint par ici).