[data] Abstention aux élections en France depuis 1959

Les données sont dans une feuille Google en accès public ici.

En 2015, j’ai voté

… et plutôt quatre fois qu’une. Cette année, ami lecteur, nous avons en effet eu la joie de pouvoir nous rendre quatre fois aux urnes, pour les deux tours des élections départementales les 22 et 29 mars, puis les deux tours des IMG_8254régionales les 6 et 13 décembre. Avec les trois tours de 2014 (municipales et européennes), cela fait sept dimanches de vote en deux ans. Autant dire que l’année 2016 qui s’annonce sans élections (sauf surprise) va me faire un peu bizarre.

Alors que retirer de ces élections, finalement ?

D’abord que chacune d’entre elles ont été traversées par deux lois : la loi du 16 janvier, qui redessiné la carte de France des Régions (ça ne t’aura pas échappé) et modifié le calendrier électoral (les deux élections devaient être concomitantes). Et la loi NOTRe (Nouvelle Organisation Territoriale de la République), promulguée le 07 août 2015, qui a modifié les compétences des différentes collectivités.

Ensuite que personne ne les a franchement gagnées. Voilà mon analyse de comptoir, en moins de 200 mots.

Le FN a largement dépassé ses records électoraux précédents, et a fait élire parmi ses membres un certains nombre de conseillers départementaux (62 contre… un seul jusque là) et régionaux (358 contre 118 avant ces élections). Et rafle donc les financements qui vont avec. Mais il n’a pas réussi a remporter l’un des exécutifs de ces collectivités.
Si l’on regarde les cartes de France en bleu et en rose d’après les élections, l’UMP les a remporté tranquillou : elle contrôle 67 départements (28 de plus qu’avant les élections) et sept régions sur 13 (contre… une sur vingt-deux jusque là). Mais ça n’est à la fois pas le raz de marée qui semblait annoncé par la défiance envers le gouvernement, et le tout se passe sur fond de brouilles internes, sans ressentir un large enthousiasme populaire.
Le PS limite donc la casse. Mais perd un grand nombre d’exécutifs et d’élus au passage. Et parler de brouilles internes serait un euphémisme à gauche.
Du côté des Verts et de la gauche de la gauche, souvent partis seuls à ces élections, sans accord avec le PS, il n’y a pas grand chose à sauver du point de vue électoral.

Hop, 200 mots, ça c’est fait.

Et au niveau local me diras tu ? Eh bien comme nous sommes sur ce petit blog au moment de ce bilan de fin d’année, je t’invite à aller relire la petite série d’articles que j’avais réalisé au moment des élections départementales. J’avais suivi ça d’assez près. Quant aux régionales… disons que, alors qu’avec l’ami Thierry Labro nous étions bien motivés (notamment après quelques échanges assez drôles au cours des départementales), le temps nous a manqué d’écrire sur le sujet. Et que les évènements de la fin d’année ont écrasé le peu de motivation qu’il m’a resté. Mais je pense que je reviendrais sur l’invraisemblable mélodrame local de ces régionales.

En attendant, pour ne pas rester sur la goût amer que pourraient laisser ces élections, avec quelques amis, nous nous sommes décider à agir. Ça s’appelle la boussole, et tu peux trouver quelques infos ici, un petit début, une bribe. Parce que nous ne pouvions pas en rester là, et pour ne pas simplement attendre le prochain vote.

Notamment parce qu’en 2016, il n’y en a pas.

Départementales 2015 – Round 2

Ami lecteur, ça ne t’aura pas échappé, je ne t’ai pas parlé des départementales durant cet entre deux tours. J’ai préféré profiter du peu de temps que j’ai eu pour écrire un billet pour évoquer une problématique culturelle bien trop absente du débat public, dans ces élections notamment, mais aussi de manière générale.

Mais c’est bien aujourd’hui que l’on vote pour un second tour tendu, incertain dans beaucoup d’endroits et notamment en Moselle. Les chiffres de participation sont pires que pour un premier tour qui n’était déjà pas folichon, que cela soit au niveau national (15,6% pour ce second tour contre 18% au premier), ou au niveau local (17,9% contre 21,8 au premier).

Peut être est ce la pluie, le changement d’heure, la tristesse de ne pas voir son candidat préféré avoir passer la barre du premier tour. En tout cas, je ne sais pas toi, mais j’ai l’impression que l’on y va un peu en trainant les pieds à ce second tour, ami lecteur. Peut être est ce aussi la faute d’un entre deux tour qui aura plus été marqué par des petites attaques contre ceux d’en face que par la correction de la grosse faille du premier tour (l’absence d’un programme). Marqué aussi par des agressions physiques, carrément.

Alors bien entendu, je vais quand même y aller, voter. De ce pas, en finissant ce billet, d’ailleurs et même plutôt deux fois qu’une, puisque j’ai une procuration. Je suis d’ailleurs sûr que tu te doutes bien pour quel binôme. Mais ne nous leurrons pas, ces départementales laisseront des traces. Dans un très bon billet, Thierry Labro incite la droite messine à se réinventer, en tout cas à se sortir du bourbier qu’ils ont creusé seuls, et qu’ils continuent à arroser avec enthousiasme. Mais voyons un peu plus grand. Sans doute est ce la politique telle qu’elle est faite qu’il va falloir réinventer, ou à minima que nous nous devons de réinvestir.

Ici, je pourrais te dire que tout ça est logique, coco pour faire une transition un peu lourde avec un morceau léger juste en dessous, là. Mais ce n’est pas le cas. Plus simplement, le concert de Mansfield TYA aux Trinitaires vendredi dernier était un très beau moment et il me reste en tête depuis.

« C’est la mer du Nord mais avec toi
Tout est lancinant, ça devient Rio »
chante ici Julia.

Eh bien tu vois, ces élections c’est vraiment la mer du Nord, et je crois que dans nos têtes, on attend toujours Rio.

Départementales 2015 – round 1

Mais oui, ami lecteur, c’est déjà aujourd’hui le premier tour de ces élections départementales. Et autant te dire que j’aurais bien aimé faire un ou deux billets supplémentaires sur la question. Je pense en effet qu’il y avait la matière.

Sans doute aurait il fallu, par exemple, creuser un peu plus la loi NOTRe, qui définit les compétences à venir de nos chers élus territoriaux.

J’aurais aimé aussi analyser la propagande papier qui envahit nos boîtes aux lettres durant cette période électorale, pour confirmer cette impression qui m’avait peu à peu gagné d’être tantôt dans l’élection d’un comité de quartier, ou disons, d’une municipale, tantôt de déterminer le prochain président de la République. En tout cas, de ne jamais parler de la collectivité pour laquelle on vote en l’occurence. Mais étrangement, ladite propagande officielle n’est jamais parvenue à ma boîte aux lettres. Et les dizaines de tracts qui y sont eux arrivés, n’émanaient que de trois ou quatre candidats alors qu’il y en a sept sur mon canton.

Sans doute aurais je pu aussi te parler de ces improbables pages Twitter des binômes candidats, forcément créées pour l’occasion, et qui culminent à quelques dizaines d’abonnés. Aller, une mention spéciale à Anne Stémart et Gilles Bohr, qui malgré une tentative originale à base de prénoms ont un @AnneEtGilles qui parvient au bout de trois semaines d’activités et 80 tweets à… 8 followers. Il faut dire que ça reste un progrès par rapport au @AimerMetz du même tandem, dont les 69 tweets ont dû réjouir les… 2 abonnés. Bien entendu ça ne préjuge absolument pas du résultat éventuel des candidats en question, d’autant que ce n’est pas forcément plus folichon chez les autres. On dira simplement que le basculement 2.0 réseaux sociaux des élections départementales, on se le gardera pour 2021.

Et malgré tout, ami lecteur, j’aurais voulu te donner une motivation supplémentaire à aller voter. Je suppose bien que si tu traînes par ici, ces élections suscite à minima chez toi un petit intérêt. Mais au cas où, je t’aurais redit que penser que ça ne sert à rien, que ça ne change rien est une erreur. Que ne pas aller voter serait un geste de rébellion ou de résistance à un système en place est une lourde erreur. Que si les candidats ne te satisfont pas, eh bien la prochaine fois, implique toi, milite, ou même simplement, présente toi. Mais en tout cas, ne reste pas à bougonner dans ton coin (si si, je te vois) parce que ça, effectivement, ça ne sert assurément à rien.

Voilà, j’aurais aimé te parler de tout cela, mais comme tu t’en doutes, c’est le temps qui m’aura manqué au beau milieu de ces semaines bien animées. Enfin au moins ces quelques billets auront contraint l’ami Labro à me reconnaître une victoire à la Beyonce’s Battle des départementales (qui sans doute n’intéresse que nous), dans un billet qui lance tout autant de piques méritées et salutaires que de louanges. Après tout, avant une soirée électorale probablement animée et une dernière semaine de campagne forcément tendue, pour ce round one, je m’en contenterai largement. Et puis n’oublie pas que ce soir, ami lecteur, au delà du résultat, pour la première fois en France, il y aura autant de femmes élues que d’hommes. Et ça, c’est déjà pas mal.

Les départementales ? It’s complicated.

Ami lecteur, j’ai un peu perdu le rythme, et tu as raison de me le faire remarquer sur les réseaux sociaux. Pourtant, tu me connais, je continue à suivre de près la campagne des ces élections départementales, d’autant que le premier tour est déjà dimanche. Et je dois bien avouer que je ne sais pas trop par quel bout les prendre. Mais tu as encore raison, ce n’est pas une bonne excuse, alors allons y dans le désordre.

Tiens, on va commencer par le petit fail local de la semaine. Samedi dernier, l’émission la Voix est Libre, sur France 3 Capture d’écran 2015-03-17 à 01.31.22invitait cinq candidats à venir débattre sur son plateau. Et je dis bien candidats, sans e. En effet, alors que la parité est l’une des évolutions marquantes de ces élections, sur les 133 candidates et 133 candidats de Moselle, France 3 Lorraine a en effet trouvé le moyen de se retrouver avec cinq hommes sur le plateau. La responsabilité est sans doute partagée : au tweet de Margaud Antoine-Fabry pointant cet état de fait, France 3 répondait en effet que les partis choisissaient les candidats à envoyer sur le plateau. Aucun n’a donc choisi une femme, c’est regrettable. Et France 3 aurait peut être pu le leur faire remarquer, une fois les invités annoncés. Accessoirement, on peut noter que les partis ont également réussi à choisir 3 candidats du même canton (Metz 2), dans un département qui en compte tout de même 27…

Tu vois ami lecteur, je crois que je ne suis pas le seul, à ne pas savoir comment les prendre, ces élections. D’ailleurs, tout le monde a relevé le petit souci qu’il pouvait y avoir à voter pour des futurs représentants qui allaient siéger dans le conseil d’une collectivité dont on ne connaît pas les compétences, celles ci étant débattues par le parlement ces temps ci. C’est à la fois vrai, et à la fois une fort mauvaise excuse, puisque la loi NOTRe (pour Nouvelle Organisation Territoriale de la publique) a justement été amendée par l’Assemblée Nationale il y a pile une semaine. Et si l’on peut s’attendre à des amendements du côté du Sénat, il est fort probable que le texte définitif soit très proche de la version actuelle. Soit des compétences qui restent partagées entre toutes les collectivités (notamment la culture, mais aussi le tourisme et le sport) et d’autres réparties un peu plus clairement (pour les départements, centrées autour des questions sociales, notamment, mais aussi la gestion des collèges). Un peu. La Gazette des Communes te synthétise tout ça bien mieux que moi par ici. Et nous indique d’ailleurs que

L’examen a aussi été marqué par l’abandon du transfert des routes des départements vers les régions.

Ça s’est dommage. Les statistiques de la sécurité routière nous indiquent en effet que plus de 50% des accidents mortels ont lieu sur les départementales.

Bon, je sais que dans ta grande mansuétude, tu m’excuseras ce lamentable jeu de mot, ami lecteur, d’autant que j’ai une circonstance atténuante : j’étais pas plus tard qu’hier soir à une réunion publique de Bernard Cazeneuve, qui est, entre autres, responsable de la sécurité routière. Il se trouve que ladite réunion était située à 300m de mon lieu de travail.

Et là, en sortant de la BAM, paf, tu tombes sur le ministre de l'intérieur. #BernardCazeneuveTour #Metz

Une photo publiée par Nicolas Tochet (@nicolastochet) le

Il était en forme, Bernard. Une pointe d’humour par ci, une pique par là, le tout dans un discours combatif, assez proche aussi de la rhétorique adoptée par le premier ministre. Au sujet de celui ci, on a beaucoup parlé de dramatisation. Je ne suis pas sûr que ce soit le bon terme. Que cela soit Bernard ou Manu, j’ai surtout l’impression l’un comme l’autre essaient surtout désespérément de remettre de l’enjeu dans des élections qui semblent n’en avoir aucun pour une bonne part des électeurs.

Mais de mon point de vue, cela reste à côté de la plaque tant que cet enjeu est placé essentiellement dans cette simple appréhension que le FN puisse arriver au pouvoir. L’enjeu de ce que pourraient faire ces futurs élus éventuels sur les six ans à venir ? On ne sait pas trop. L’enjeu des compétences des départements, des ambitions que l’on peut avoir pour un territoire donnée, à moyen et long terme ? Il faut voir. Savoir pourquoi une majorité d’électeurs, au lieu d’aller voter pour tel ou tel parti (y compris le FN) restent finalement surtout chez eux ? C’est compliqué.

Ne te méprends pas, ami lecteur. Dimanche, j’irai voter (même deux fois, puisque comme d’habitude, un ami m’a donné une procuration). Et je suis persuadé que tu ferais bien d’y aller aussi. Mais voilà, j’ai peur qu’un certain nombre de nos compatriotes soient autrement plus difficile que nous à convaincre.

Pour tenter de trouver des arguments qui m’auraient localement échappé, j’ai un peu regardé les tracts des différents candidats, à Metz. La Moselle y est étrangement absente, coincée entre des problématiques -réelles- des différents quartiers de la ville et des questions -réelles- de politique nationale. Parfois, elle disparaît tout à fait, le mot « Moselle » n’apparaissant même pas. J’y reviendrais dès que la propagande officielle sera arrivée jusqu’à ma boîte aux lettres, ce qui ne saurait tarder.

Bref, visiblement je ne suis vraiment pas le seul à ne pas savoir par quel bout les prendre, ces élections. Mais il faut respecter la figure imposée de ces billets, en finissant par un clip mainstream. Il se trouve qu’Avril Lavigne (qui n’est semble t il pas de la famille de la nouvelle directrice du Centre Pompidou-Metz), elle aussi, trouve ça bien compliqué.

« Why do you have to go and make things so complicated? » nous disait elle en effet dès 2002, autre année électorale… compliquée.

Les départementales de l’information

En effet, ami lecteur, il ne t’aura pas échappé que le titre de ce billet est une référence à cette jolie expression surannée, du siècle dernier (en l’occurence de la fin des eigthies et du début des nineties) évoquant le développement des internets : les autoroutes de l’information. Je ne résiste d’ailleurs pas au plaisir, en préambule de cet article, de te livrer ce morceau de bravoure des Deschiens, en l’occurence François Morel et Olivier Saladin, qui nous éclairent magistralement sur la question.

Mais revenons à nos moutons. J’ai été médisant, ami lecteur. Il y a une dizaine de jours, je te disais ici même que bon, les élections départementales avaient beau approcher à grands pas, tout le monde s’en tamponnait un peu le coquillard (pour rester dans l’expression oldschool). Eh bien non, c’était sans doute uniquement mon impatience qui était ici en cause : il semblerait bien que nous y soyons enfin, que l’arrivée prochaine de ces échéances départementales a suscité un réveil soudain et un regain d’intérêt… même s’il n’est absolument pas sûr que ce soit le cas, à l’arrivée, chez l’électeur. Voilà donc une rapide revue de presse de ces derniers jours.

Avec d’abord, un petit tour du côté de la PQR. Le quotidien local, le Républicain Lorrain, semble parti pour un véritable marathon électoral avec un article par jour sur la question. Hier c’était un article pédagogique sur les nouvelles modalités de scrutin et une carte interactive du nouveau découpage des cantons. Aujourd’hui c’est un brief sur « le combat des chefs » à l’échelle messine, tant il est vrai que les ténors de la politique locale, souvent déjà détenteurs d’un ou deux autres mandats, n’ont toutefois pu s’empêcher de de présenter aux urnes sur cette élection supplémentaire. On recommandera bien entendu la lecture de La Semaine, qui explore le même territoire, avec un titre rigolo (Gros et Jacquat sur un pédalo) jean-louis-masson-legislative-78-02et un article joliment troussé par JP Jager sur le duo Masson / Zimmermann, qui me donne d’ailleurs le prétexte de mettre cette jolie photo, là, à gauche, qui n’a pas un rapport direct mais que j’aime bien.

Les médias nationaux également, bien entendu, s’y sont collés. Avec l’inévitable retour des sondages, qui arrivent sensiblement tous à des résultats similaires pour le moment : 28-30% pour le FN et l’UMP, 20 pour le PS, aux alentours de 10 pour le Front de Gauche et les Verts. Et avec eux déjà l’obligation de nuancer la pertinence de sondages nationaux pour des élections locales. En tout cas, l’abstention risque fort d’être au rendez vous, accentuant par là même l’importance de premiers tours très incertains. Du côté du monde, on continue dans les cartes interactives, en l’occurrence sur l’impact prévisible du redécoupage avec l’exemple… de la Meuse. Oui oui, ami lecteur, la Meuse. Conclusion en tout cas, ce redécoupage engagé par la gauche devrait profiter à la droite.

D’ailleurs, étant donné qu’il ne faut pas trop chercher la nouveauté du côté des candidats, si c’était du côté de la manière de voir les élections, de les analyser, qu’il y avait un peu d’innovation cette année ? En ce sens, l’initiative d’etalab, avec son Open Data Camp Elections pourrait donner de beaux résultats. Pas plus tard qu’aujourd’hui nous arrivent par exemple les premiers contours géographiques des nouveaux cantons électoraux départementaux sur OpenStreetMap. Et voilà le résultat pour Metz 1, par exemple. Sacré boulot. Espérons que certains s’en saisissent, comme ce fut le cas pour les municipales à Nantes l’an dernier, avec l’excellent atelier des élections.

Tiens, ami lecteur, je me dis que ce type d’éléments devrait intéresser l’ami Thierry Labro. Le dernier article de son blog traitait également des cantonales, et de ces candidats qui ont plus tendance à parler d’eux que des enj-eux de l’élection. Je ne généraliserais pas autant que lui, ayant aperçu un certain nombre de propositions concrètes, même si souvent à côté de la plaque par rapport aux enjeux réels de ces conseils départementaux à venir. Ceci étant, ça me rappelle également que je lui avais promis, après un titre de Patrick Juvet dans mon dernier billet, un morceau de Beyoncé pour ce coup ci (et ce même si je n’ai toujours pas parlé des compétences du conseil général…).

Alors voilà, finalement ce que ces candidats dont parle Thierry ont en tête, c’est un petit peu ça, non ?

Les départementales, acte 1, scène 1

Chouette chouette, ami lecteur, revoilà des élections.

Et comme à chaque fois, je ressens une impatience renouvelée à la lecture de la presse, à guetter des mots-dièse, à assister à des débats. Oui, tu me connais, je ne me peux pas m’empêcher de trouver vivifiant le temps électoral et le dialogue entre citoyens et élus, revigorant le débat d’idées et l’échange d’arguments. Bon alors tu me diras que c’est souvent source de déception, notamment parce que lesdits débats ne volent pas toujours haut. Et tu auras raison. Mais voilà, certains se passionnent pour le tennis (alors que tu reconnaîtras que les matchs ennuyeux sont monnaie courante), le football (où l’on guette parfois 90 minutes la moindre occasion pour finir avec deux tirs cadrés), eh bien moi c’est la période électorale.

Je reconnais aussi que pour celle qui arrive là tout de suite, nous partons de loin, ami lecteur. Les cantonales n’ont jamais été parmi les élections ressenties comme les plus passionnantes par les français. Les dernières, en 2011, n’ont pas réussi à atteindre les 45% de participation. En 2008, c’était au dessus de 60 au premier tour, mais en étant organisées simultanément avec les municipales, qui ont tendance à mobiliser un peu plus largement. Il faut dire que des élections cantonales pour élire un conseil général qui gère un département, on n’avait pas forcément fait dans la clarté pour l’électeur. Du coup, ni une ni deux, le législateur a décidé de te simplifier tout ça, en les remplaçant par des élections départementales et des conseils départementaux en vertu de la loi du 17 mai 2013. Ça ne change pas grand chose sur le fond, mais sur la forme, force est de reconnaître que ce n’est pas plus mal.

Et puis tant qu’à faire, le législateur s’est dit qu’il y avait peut être deux-trois autres trucs à dépoussiérer dans les Conseils Généraux. Alors il a jeté un oeil à ce qui s’y passait, et là, il s’est soudain retrouvé avec cet air de Patrick Juvet dans la tête.

Prenons un exemple tout à fait au hasard : le département de la Moselle. Et regardons ensemble cette liste. Tu comprends mieux ? 5 sur 50. Allez, on va encore compter Aurélie Filippetti qui a démissionné dans un souci de non-cumul des mandats, ce qui permet à ces messieurs de passer juste au dessous de la barre des 90% de représentation (45/51). « LoL » serais je tenté de dire. Avec ton oeil aiguisé, tu vas me dire qu’il y a un autre souci au vu de ladite liste : elle ne respire pas tout à fait la jeunesse. Oui bon, ok. Mais le législateur il ne va pas tout te résoudre d’un coup, comme ça, hop. Cantons_de_Moselle_2014.svgLaisse lui le temps. Non, là, il a déjà pensé au binôme : pour chaque canton, les candidats doivent se présenter en binômes. Un homme avec une femme (ben oui sinon ça ne résous rien). Et ici, comme tu es particulièrement affuté aujourd’hui, tu vas me faire remarquer que c’est bien malin, on va se retrouver avec deux fois plus de conseillers départementaux. Eh bien non, tu ne la lui fait pas, au législateur. Il a re-dé-cou-pé via tout un tas de décrets (tiens, celui pour la Moselle est ici, par exemple) et l’on se retrouve aujourd’hui avec 2074 cantons contre 4055 avant la loi.

Tout ça allait plutôt dans le bon sens. Juste, pendant quelques mois, on aurait pu se dire que c’était un peu un baroud d’honneur, puisque Manuel Valls annonçait la suppression des départements, en avril. « Bon et puis finalement non en fait », en novembre. Résultat des courses aujourd’hui, ce n’est pas forcément plus clair, comme nous e dit gouvernement.fr :

Quant à l’avenir des conseils départementaux, trois solutions seront possibles, pour s’adapter aux situations existantes :
– Dans les départements dotés d’une métropole comme Lyon, par exemple, la fusion des deux structures pourra être retenue.
– Lorsque le département compte des intercommunalités fortes, les compétences départementales pourront être assumées par une fédération d’intercommunalités.
– Enfin, dans les départements – notamment ruraux – où les communautés de communes n’atteignent pas la masse critique, le conseil départemental sera maintenu, avec des compétences clarifiées.

Mmh ok. On verra bien quoi.

Bref, tu vois, tout ça n’est pas tout à fait simple. Capture d’écran 2015-02-18 à 08.21.02Mais il faut bien en parler tout de même, ce que font nos amis les journaux. Du coup, même eux se plantent un peu. Par exemple le Monde, qui nous fait un beau récap département par département sur l’enjeu de l’élection (un beau boulot, qu’il faut saluer). Eh ben paf, il oublie 7 cantons sur les 27 que comptent la Moselle. C’est ballot. Et puis on a un peu l’impression qu’il n’y a pas de différence avec le nombre de cantons antérieurs. Sauf que le renouvellement dans les conseils généraux se faisait par moitié, et que seuls 21 cantons avaient été renouvellés en 2011…

Le Républicain Lorrain, de son côté, nous parle de la situation locale, en l’occurrence de Metz 1, et se lance dans les chiffres.

Quant à Christine Singer, l’éternelle candidate, elle avait tout de même frôlé les 10 % lors des dernières cantonales sous la bannière du MoDem. Mais il lui faudrait dépasser les 12,5 % pour se maintenir au deuxième tour…

Alors oui, sauf que l’on parle de 10% des votants aux dernières cantonales. Or il faut 12,5% des inscrits pour se maintenir au second tour. Avec 50% de participation (en étant un poil optimiste), ça nous fait 25% des voix. Ce qui est une autre paire de manche, sans présumer du score de Christine Singer.

Comme tu es décidément observateur aujourd’hui, tu remarqueras sans doute que j’ai subtilement évité une question qui comme ça apparaît pourtant comme essentielle : « Mais au fait, ça sert à quoi un Conseil Général ? ». Et tu auras raison. Pour ne pas tout mélanger, je tâcherai de t’en parler dans un prochain article. On dira qu’avec la clause de compétence générale (supprimée en 2010 mais réintroduite en 2014), il peut intervenir sur à peu près tout. Ceci étant un petit coup d’oeil ici t’indiquera qu’il est désigné comme « chef de file » en matière d’aide sociale, d’autonomie des personnes et de solidarité des territoires (enfance, accessibilité, personnes âgées, prestations sociales…) et puis la construction, l’entretien et l’équipement des collèges, et puis la compétence culturelle,… rien que ça. Et plein d’autres choses.

Et si on s’y intéressait un tout petit, à ces élections départementales, hein, qu’en dis tu ?