Slacker (Richard Linklater – 1990)

Je ne sais plus exactement ce qui m’a amené, en ce début février, à avoir une subite envie de voir les films de Richard Linklater. Une story Insta, un article… toujours est il que ça me trottait en tête. Et j’ai donc commencé par Slacker réalisé en 1990 et qui semble être une référence incontournable du ciné indé de ce passage entre les années 1980 et 1990.

Ce n’est pas son premier film : It’s Impossible to Learn to Plow by Reading Books est sorti en 1988, mais est moins évident à trouver en VOD (quoique, je tâcherai de me rattraper).  

Le concept de Slacker est d’une simplicité désarmante : une caméra qui se balade dans Austin et qui attrape des conversations au vol. Un personnage en croise un autre, ils discutent, on les suit pendant un temps (quelques minutes, souvent), puis on en abandonne un pour suivre l’autre, qui en rencontre un troisième, ils se promènent, papotent… et ainsi de suite. On a l’impression que ces tranches de vie nous arrivent presque au hasard, comme si on marchait soi-même dans la ville.

Ce qui frappe, c’est la sincérité du truc. On est dans le témoignage d’une époque et d’une culture indé spécifique à ce moment-là. Ces « slackers » (en français on serait sur glandeurs, ou flemmards), ce sont des artistes, un théoricien du complot, des étudiants éternels, des punks ou de simples gens sympas. C’est le portrait d’une ville, ou plus probablement d’un quartier (je ne connais pas Austin). Et c’est un instantané d’une jeunesse qui refuse de rentrer dans un moule productif traditionnel.

Si ce portait est sans doute un peu fantasmé, il apparaît, comme je le disais sincère. Et cela vient aussi des moyens limités (un budget de 23000$ selon Wikipedia) et des contraintes que cela impose : des scènes prises sur le vif, des actrices et acteurs souvent amateurs (et quelques figures de la scène d’Austin comme Teresa Taylor des Butthole Surfers et qu’on voit sur certains éditions du DVD comme ‘limage à gauche, là) 

Et puis bon, l’absence d’une « vraie »  intrigue n’est pas un manque, la vie ne suit pas toujours un arc narratif en trois actes.

Au final si j’ai trouvé le voyage très sympa, cette légèreté, cette absence d’enjeu est peut-être aussi une limite. Le film finit par ressembler à un collage : parfois brillant, parfois anecdotique. D’ailleurs le premier dialogue (ou plutôt monologue) de Slacker c’est Linklater lui même, qui raconte le rêve qu’il a fait à un chauffeur de taxi. Linklater est très drôle. Et visiblement, le chauffeur de taxi n’en a absolument rien à faire. Et nous, en a t on quelque chose à faire de ces petites histoires ?

Et du même coup, lorsqu’on termine Slacker, qu’en reste t il ? 

Une bouffée d’air frais peut être, notamment à une époque où tout est ultra-scénarisé et formaté pour les plateformes, ça fait un bien fou. C’est précieux. Et cela donne envie de voir les autres films de Linklater.  

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