La campagne

Cet été, comme je te l’avais raconté ici même, j’avais eu le temps de bricoler un petit peu de zero degré. Bien entendu, depuis la rentrée, je n’ai pas franchement eu le temps d’y retravailler. J’espère que ça sera le cas à l’occasion de la trêve de Noël.

Mais j’ai un certain nombre de démos pas vraiment terminées, au mixage bancal, qui traînent sur mon disque dur. Parmi celles ci, il y a La Campagne, qui est, d’une certaine manière, d’actualité. Alors en attendant qu’éventuellement elle termine sur un disque à venir, je te la laisse ici.

Laisser cette semaine derrière soi.

Allez, on ne va pas se le cacher : c’était une semaine éprouvante que celle qui est en train de s’achever, ami lecteur.

Il y a 9 jours, le 13 novembre 2015, vers 22h, j’étais à la Maison de la Culture et des Loisirs pour la soirée L’ouvrage du Fou. Une soirée sympathique, de déclamations improvisées et d’interventions musicales dans le cadre chaleureux du relais, le petit caveau de la MCL, joliment décoré pour l’occasion.

Et puis, en jetant un oeil sur mon portable, j’ai vu les premiers tweets inquiétants qui rapidement laissaient peu de place au doute. Après quelques minutes de rafraichissements compulsifs des divers fils d’actu, j’allais partager l’information avec Margaud et nous rentrions sidérés à la maison, pour passer le reste de la soirée hagards devant iTélé. Dans mon esprit, c’est peu à peu une infinie tristesse qui prenait l’essentiel de la place et c’est encore le sentiment qui prédominait en réussissant à aller me coucher, vers 5h du matin.

Dans une situation comme celle ci, en s’endormant, on peut d’ailleurs avoir un peu l’impression qu’il ne va pas y avoir de lendemain. Pourtant, le samedi 14 a bien existé, et la gueule de bois qui a accompagné le réveil, malgré une consommation d’alcool limitée la veille, était bien réelle. L’ensemble du week end est passé de manière cotonneuse, comme si j’étais en permanence à moitié éveillé. Et les heures de sommeil en retard n’expliquaient pas totalement cet état. Après une douche et un trajet en Mettis, le tout effectué de manière très mécanique, la journée du samedi commençait réellement par le Borny Buzz Café à la BAM.

Ce matin, à la BAM, on discute de démocratie avec le Borny Buzz Café. C'est approprié, ce matin. #Metz

Une photo publiée par Nicolas Tochet (@nicolastochet) le

Puis vers midi tombait la confirmation de l’annulation du concert de Nekfeu prévu à la BAM le soir même, qui affichait complet depuis des mois.

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Évidemment, qu’on comprend, Nekfeu.
Cette envie, cette motivation à monter sur une scène le lendemain d’une soirée comme celle ci relève de l’intime. Il n’y a pas de bonne décision, en l’état. Le même soir, d’ailleurs, aux Trinitaires, Sipping et AqME maintenaient leur concert.
L’après midi était le temps d’un indispensable recueillement collectif.

Merci @Ville_de_metz d'avoir maintenu ce rassemblement, ce recueillement. Ça fait du bien de voir des gens unis. #Metz

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Vers la fin, alors que j’étais reparti du côté de l’Arsenal voir comment se passait le festival Je t’aime… Ich Auch Nicht, une dizaine d’abrutis ont tenté de venir le perturber Le soir, après avoir passé deux heures à la BAM pour les rares spectateurs qui seraient passés au travers de l’information du report du concert (ils étaient 6, en tout et pour tout), nous nous retrouvions dans un bar avec quelques amis, dans une ambiance où la morosité nous reprenait régulièrement, tout juste perturbée par la rencontre de norvégiens venus « pour les pigeons » (en fait le Congrès Européen d’Aviculture). Une conversation décalée, qui faisait du bien. Et je n’ai pas vraiment souvenir d’un dimanche dont on essayait de faire en sorte qu’il soit quasiment normal. Alors que ce n’était pas le cas.

Difficile donc d’affronter le lundi, et une nouvelle semaine. Le premier moment où j’ai senti que tout repartait était une répétition de mélatonine, le lundi soir, en jouant de la basse pendant deux heures. Et puis le concert de SoCalled à la BAM. Il était content de jouer, SoCalled, ses deux concerts des jours précédent ayant été annulés. Et il réussissait à mettre une ambiance géniale, même si l’on sentait bien qu’il y aurait pu y avoir un peu plus de monde, si ce concert n’était pas tombé à ce moment là.

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Bien sûr, on continue à guetter les infos. Et le mercredi matin à Saint Denis, le samedi à Bruxelles, on a l’impression de replonger, un peu. Mais dans le même temps, aux Trinitaires le beau concert de Chelsea Wolfe le jeudi, des excellents belges de We Stood Like Kings le vendredi. Le génial Aaron Parks qui se pointe à la soirée jazz au caveau par surprise. Les discussions avec les collègues sur le meilleur endroit par lequel sortir de la salle si un mec se point avec une kalach. On en rigole, un peu. Et puis, concert ou pas, finir les soirées dans les bars tous les soirs, non pas parce que ce serait « un acte de résistance », juste parce qu’on ne veut pas aller se coucher, qu’on veut sortir, boire, voir des gens. Et même, le samedi, finir par l’ouverture des marchés de Noël, avec une roue lumineuse devant la cathédrale, du vin, des huîtres, du vin surtout.

Le marché de Noël (gourmand) de la place de Chambre est ouvert. #Metz

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En fait, je ne sais pas vraiment pourquoi je te raconte ça, ami lecteur. Sans doute parce qu’un blog doit aussi servir à ça. Sans doute parce que je ne me sens pas de me lancer dans une explication géopolitique de la situation, ou un pronostic de son évolution, notamment parce que malgré des lectures nombreuses et passionnantes sur le sujet je n’y comprends toujours pas grand chose. Sans doute aussi parce que tout au long de cette semaine, le besoin de convivialité, d’amitié aura été bien plus prégnant que d’habitude. Sans doute parce que même au travers de cet écran, quand je te dis « ami lecteur », je pense vraiment à toi qui est de l’autre côté.

Alors voilà, j’espère que tu te portes bien. Et que tu es aussi content que moi de laisser cette semaine derrière toi.

La culture tente d’entrer dans la campagne des Régionales

À moins d’un mois des élections régionales, le moins que l’on puisse dire est que la culture n’apparaît pas franchement comme l’un des enjeux majeurs de la campagne. À l’occasion des différents sondages qui ont pu sortir sur les préoccupations des français au moment de déterminer leur vote (comme ici, page 12), le chômage ou les impôts arrivent loin devant, ce qui semble bien normal étant donné le contexte économique du moment. Plus ennuyeux, la culture n’apparaît même pas dans les propositions des sondeurs. Alors que « les retraites » ou « la menace terroriste », qui sortent à priori complètement des compétences des conseils régionaux, y sont bien présentes.

Capture d’écran 2015-11-11 à 16.50.59Pourtant, les régions mettent de l’argent dans la culture en France : près d’un milliard d’euros par an, dont un bon quart sur le spectacle vivant. Et une campagne devrait être aussi le moment d’interroger les dispositifs existants, de faire de nouvelles propositions, de discuter, d’échanger sur les questions culturelles. Ça ne semble pas vraiment parti pour être le cas, et les acteurs culturels ne s’y sont pas trompé. Ils tentent donc, sinon de remettre cette question au coeur de la campagne, au moins qu’elle ne soit pas totalement oubliée.

Au niveau national, le SYNDEAC (Syndicat national des Entreprises artistiques et culturelles) vient ainsi aujourd’hui même de lancer un « appel citoyen pour les régionales », intitulé Pas de société démocratique sans art et sans culture. C’est avant tout un appel à la participation, au vote, mais qui rappelle également cette importance des Régions en terme de politique culturelle.

Réseau RaoulDu côté du Nord, là où le FN semble le mieux placé pour emporter une région, c’est le réseau raoul (réseau des musiques actuelles en Nord Pas de Calais) qui lance une mobilisation « pour que la culture ne soit pas la grande absente des débats des prochaines élections régionales« . Au delà des élections régionales, l’appel revient aussi sur le désengagement budgétaire des collectivités territoriales dans la culture :
« Des collectivités de la future grande région Nord-Pas-de-Calais Picardie ont voté en 2015 des réductions de subventions inédites aux structures culturelles. Le contexte général de crise et de rigueur ne doit pas justifier de telles décisions. Sacrifier un projet culturel, c’est perdre un espace de créativité, d’innovation, de rencontre, d’échange, de convivialité et d’ouverture sur le monde. ». Une question qui a d’ailleurs alimenté plusieurs billets sur ce blog, ça ne t’aura pas échappé.

Du côté de la future région Languedoc-Roussillon / Midi-Pyrénées, c’est un débat avec les candidats qui a été organisé, avec pour question principale : Quelle politique culturelle pour la grande région ? Bref, cette (re)mobilisation des acteurs culturels semble être présente partout sur le territoire. Il était temps.

« Et du côté de l’ALCA ? », me demanderas tu évidemment, ami lecteur. Eh bien ça fait un moment que la question a été mise sur la table par le collectif du 20 janvier. Je t’en avais d’ailleurs parlé ici même. Le blog du collectif, L’oeil de la baleine, est d’ailleurs une mine d’information. Outre sa volonté d’être associé aux discussions autour de la politique culturelle qui sera définie par le futur conseil régional, le collectif a aussi la bonne idée d’organiser des conférences qui permettent de prendre du recul sur ces questions. Après l’excellent Bernard Stiegler à Strasbourg en septembre, ça a été au tour de l’économiste Christine Sinapi, à l’Arsenal, en octobre.

Et en attendant que je revienne ici même sur ces questions, ami lecteur, je te recommande vivement l’écoute de sa passionnante intervention, ci dessous (et tu peux également aller rechercher son powerpoint par ici).

À Metz, on fait des réserves de culture avant l’hibernation

Ami lecteur, en revenant sur le programme des quelques jours qui viennent de s’écouler, je ne peux m’empêcher d’être assez épaté par la diversité de ce que notre petite ville de Metz peut parfois proposer.

Du côté des expositions, à tout seigneur tout honneur, c’est le Centre Pompidou-Metz qui ouvrait cette semaine avec le vernissage mardi de Cosa Mentale, étonnante exposition sur le thème, rarement traité, de la télépathie dans l’art du XXe siècle. On y retrouve un certain nombre d’utopies (voire de contre-utopies) dont le rapprochement avec certaines réalités du moment ne peut être évitée. Comment ne pas penser aux casques de réalité virtuelle du moment (Oculus ou Morpheus) en observant ce Mind Expander de Hans Rucker Co, qui propose une expérience psychédélique intime grâce à l’utilisation de projections d’images et de sons.

Haus Rucker Co – Mind expander 1 #CosaMentale #Metz

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Une exposition en tout cas foisonnante, qui méritera qu’on y retourne. Ce temps inaugural laissait en effet finalement peu de temps pour la visite en proposant des performances, comme celle de David Rosenboom pour une symphonie à base des ondes cérébrales de deux volontaires. Et comme tu peux le voir sur la photo ci-dessous, il y avait foule.

David Rosenboom, pour une symphonie à base des ondes de deux cerveaux. #CosaMentale #Metz

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Et puis à Metz, pour voir de l’art contemporain, il y a le choix. Après Pompidou le mardi, nous avions en effet le jeudi soir deux vernissages : d’abord dans la galerie Octave Cowbell, avec le Je suis un souvenir de Marc Aragones, exposition pour laquelle j’ai eu le plaisir d’écrire le court texte de présentation. Octave Cowbell est une petite galerie par la taille (si tu n’as pas encore eu l’occasion d’y aller, elle est composée d’une seule pièce relativement exigüe), mais grande par ses choix… et par l’inimitable convivialité de ses vernissages.

Beaucoup de monde aussi le même soir pour le vernissage de Body Talk, au FRAC Lorraine, marqué par une impressionnante performance de Miriam Syowia Kyambi. Une exposition sur laquelle on aura l’occasion de revenir, puisqu’elle offre d’autres temps de restitution, dont un le 9 janvier à la BAM.

Du côté de la musique, il y avait aussi peu de chances de s’ennuyer. Jeudi, on découvrait NIID, anciennement connus sous le nom d’ASP (Abstract Sound Project) : ils se dévoilaient au 7(7) Café avec un bon DJ set et une avant-première de leur nouveau clip, quelques jours avant sa mise en ligne.

Et le voici, tout beau tout neuf.

Une classieuse mise en image par Stéphane Benini d’un morceau plus en douceur que ceux auxquels ASP nous avait habitués. Mais tout aussi accrocheur, bien plus dans l’air du temps et sans doute plus proche des aspirations actuelles du duo. En tout cas, il va falloir surveiller NIID de près.

Dans la série de découvertes de nouveaux projets messins, on citera aussi Lonesome Lion, le projet de Simon, des Dirty Red Shirts, quelque part entre le folk et le blues. Un premier concert préparé à la hâte, mais qui aura eu de beaux moments de mélancolie. C’était au Troubadour, vendredi soir.

Et vendredi, il y avait également à la Chaouée la troisième soirée en huit jours de l’association Mâche un truc, qui semble partie sur un rythme infernal. Gros line up de groupes aux noms improbables (BAND OF SORROWS,
Prozack Maurice, VORTEX, CHINESE CARPET,Les Anatoles Rances…) et gros succès.

Et puis il ne t’aura sans doute pas échappé qu’à Metz, ces derniers mois, les jeux vidéos prennent une place croissante, avec un QG du côté de TCRM Blida. Vendredi soir c’était la première soirée Indie Games club (qui offrait la possibilité de jouer à des jeux indés en multijoueur local, et de découvrir Blida Bulders le jeu vidéo consacré au lieu), et samedi le tournoi de Hearthstone organisé par Lorraine E Sport. Joli succès pour une première de cette association à Blida.

Et puis j’aurais pu également te parler de l’installation des premières boîtes à livres à Metz, et puis et puis… j’oublie sans doute encore beaucoup de choses. Cette période de l’année a toujours un programme culturel très chargé. D’ailleurs, j’espère que tu ne rateras pas l’occasion de te précipiter encore aux Trinitaires ces dix prochains jours pour profiter de la vingtième édition de Musiques Volantes.

Peut être essaie-t-on encore d’en profiter avant l’arrivée des décorations de la Noël, de l’hiver, et avant que la tentation de l’hibernation ne s’abatte sur nous. Mais on ne peut que s’en réjouir, tu en conviendras.

Marc Aragones / Je suis un souvenir

Je suis un souvenir, c’est le titre de l’exposition de l’ami Marc Aragones qu’il est possible de visiter du 29 octobre au 21 novembre 2015 à la Galerie Octave Cowbell. Et pour l’occasion, j’ai fait ce petit texte de présentation.

« Si un visiteur du futur venait à se retrouver parmi nous et s’il ne venait pas uniquement pour chercher Sarah Connor, mais plutôt tenter de nous connaître mieux, qu’aimerait-il à trouver ici ? Sans doute ce qu’on découvre dans cette petite pièce, de celles dans lesquelles on rentre discrètement, par la fenêtre. De celles qui permettent de mieux connaître une personne, au premier coup d’oeil.

Ici une collection de souvenirs, de trophées qui en disent beaucoup sur l’époque, sur nos obsessions et nos souvenirs aussi flous qu’enregistrés, notre besoin de tout conserver et notre inquiétude face à l’avenir et à la Fin. Un cabinet de curiosités qui en dit également beaucoup sur l’artiste, aussi habile qu’intelligent, aussi drôle qu’inquiétant : l’ironie est partout mais le cynisme nulle part.

Marc Aragones conçoit son travail comme un partage permanent. Avec son entourage au moment de la conception, avec l’artisan au moment de la réalisation, avec le spectateur au moment de l’exposition. Le partage, c’est peut être ce qui manque le plus à notre époque, c’est ce qui est présent partout ici. « Je suis un souvenir », nous dit-il. Et l’on se prend à espérer que c’est celui avec lequel le visiteur du futur repartirait, s’il était venu voir ce qui se trouve dans cette petite pièce : tout n’est pas perdu. »