MV XIII (part II)

(suite du billet précédent)

mvxiiiCertes, l’Exit 07, le d:qliq, l’Arsenal c’est bien joli. Mais pour cette treizième édition, le coeur de Musiques Volantes restait situé aux Trinitaires. Et si la programmation m’a finalement un peu moins convaincu que celle des années précédentes, j’y ai passé deux très bonnes soirées, en grande partie grâce à la transformation des lieux remarquable qu’avait opéré l’équipe du festival. En aménageant entre les eux lieux de concert principaux (la chapelle et le caveau) un espace central vaste, à la fois espace fumeur, bar à soupe, bar tout simplement, elle a ainsi crée un lieu de convivialité qui a permis à l’ensemble du public de discuter, d’échanger, de se rencontrer, simplement entre deux concerts. C’est un des axes de Musiques Volantes (comme l’avait indiqué leur infatigable président Patrick Rolin lors de son discours d’inauguration) et ça aura été une réussite indéniable, un pari d’autant plus gagné que le public aura été nombreux et les salles pleines sur les deux jours du festival auxquels j’ai pu assister.

Et puis bon, faut pas déconner, la musique c’était carrément bien quand même. Si je me dis « un peu moins emporté » par la prog, c’est essentiellement parce que certaines éditions précédentes étaient très nettement au dessus de la mêlée. Et que oui, effectivement, Internet 2 ou La chatte, j’aurais pu m’en passer. Effectivement, Silver Mt. Zion (peut être parce qu’ils n’étaient que 5 au lieu des 8 habituels) ou Jackie O Motherfucker why auront livré des sets qui m’auront un peu déçu (mais c’était plus de la faute des groupes que des programmateurs en l’occurrence), peut être parce que j’en attendais beaucoup. Why? aura par contre été à son niveau habituel, c’est à dire très haut, avec une musique de plus en plus pop, de plus en plus léchée, un sens des arrangements et des mélodies bluffant l’auditoire sur chaque morceau. Beans aussi aura été digne de ce qu’on pouvait attendre de lui : un flow hyper-précis, des effets de voix qu’on aurait cru remixé par ordi mais que non même pas et une présence de plus en plus impressionnante au fil des morceaux, pour finir seul sur une scène qui ne semblait presque trop petite pour lui tant il en imposait.

mvxiii-2Mais si on pouvait légitimement attendre beaucoup de Beans et Why?, il y eut également, comme chaque année, les bonnes surprises. Pour moi ce fut d’abord les américains de MahJongg le vendredi, de 2h à 3h du matin au Caveau, alors que Jackie O MTF avait fait fuir une bonne partie du public avec un set molasson et sans envie. MahJongg c’était tout l’inverse et le contraste était d’autant plus saisissant : une énergie incroyable, communicative, reposant sur une section rythmique folle à base de deux batteries (à ce niveau leur myspace ne leur rend pas vraiment justice) et des mélodies d’une efficacité redoutable. Sans doute le concert de cette 13e édition. Et puis si il fallait finir tard le vendredi soir, il valait mieux arrivait tôt le samedi pour le set de Chocolate Billy. J’en ai d’ailleurs du coup raté une bonne partie. Mais ce que j’en ai vu était réjouissant. Un joyeux bordel, aux frontières du postjazz quelque chose, du surf rock machin et de je ne sais quoi d’autre. Eux non plus semble t il, échangeant leurs instruments, râlant les uns contre les autres entre les morceaux pour savoir quoi jouer ensuite, contre le service d’ordre du lieu trop présent, contre un ampli qui ne fonctionne pas. Bordélique mais très talentueux, à suivre de très près.

Au registre des bonnes surprises, il ne faudrait pas oublier les seuls locaux de l’étape, A promise is a promise to a person of the world, qui auront eu le redoutable honneur d’ouvrir le vendredi soir au Trinitaires. Le public est arrivé peu à peu et le groupe les a conquis à la même vitesse, presque un par un, pour finir par une salle quasi-pleine et totalement acquise à la cause de leur folk poisseuse, de leur country de soirs d’hiver, de leur blues de western, quand c’est le méchant qui gagne et qui part avec la copine du héros. Et on retournait même dans cette entraînante noirceur avec le sourire, avec une sombre bonne humeur.

Le sourire, on l’aura donc récupéré dès l’entrée à cette édition de musiques volantes. Et c’est aussi comme ça que j’en suis sorti, avec une dose de musique pour les semaines hivernales qui suivaient et l’envie renforcée de faire en sorte qu’à Metz, ce genre de manifestations puissent continuer à exister, à se multiplier.

MV XIII (part I)

Et hop, ami lecteur, sans que l’on y ait trop pris gare, nous sommes déjà à la mi novembre -ou presque-, le monde du dehors est vent et pluie et les petits ouvriers du Père Noël (ou d’une autre entreprise, je ne sais pas) construisent des cabanes sur les places Jacques et Saint Louis. Je me rends en général compte qu’on approche dangereusement de Noël lorsque les Musiques Volantes se terminent. Ca sonne la fin de la frénésie de la rentrée culturelle (particulièrement animée cette année) et l’entrée dans une longue phase d’hibernation.

Je n’aurais pas tout vu à cette treizième édition de Musiques Volantes. Je n’ai ainsi pas assisté au concert du dimanche de Charlie O, ni hier au live d’Alela Diane, un peu épuisé que j’étais par la semaine qui venait de s’écouler.

Par contre, les Musiques Volantes auront commencé pour moi avant d’arriver à Metz, avec une soiJohn & John - Musiques Volantes 13Le premier groupe fût de mon point de vue la très bonne surprise de la soirée : John et Jehn sont beaux, jouent bien, avec une aisance évidente et sont visiblement amoureux. Bref, ils sont très énervants. Mais comme leur musique teintée de cold-no-wave du meilleur goût est particulièrement efficace, on leur pardonne. Bons morceaux, très bon concert, ça commençait carrément bien. Gravenhurst m’a un peu plombé la soirée par contre. La garçon a une très jolie voix, et enchaîne de beaux morceaux folk tristes. Et tu me connais ami lecteur, je ne suis pas forcément partisan des concerts festifs. Mais là, si j’ai effectivement pu être assez séduit au départ par ces chansons déprimées, au bout de la huitième sur la même tonalité, et alors qu’il était déjà minuit je commençais quand même à m’ennuyer quelque peu. Il avait en outre bien du mal à quitter la scène, demandant à un public d’irréductibles fans quelles chanson de son répertoire il souhaitait. Nous avons poursuivi la soirée au d:qliq avec un DJset pas désagréable, mais sans grande originalité d’un fluokid.

À Metz, Musiques Volantes commençait le jeudi avec une soirée d’ouverture, qui semble désormais une habitude, à l’Arsenal. Discours et petits fours (bleus et verts, au couleurs de cette édition de MV), suivi d’une création de la compagnie Kubilaï Kahn. Très bien ce spectacle. Si comme au début de l’année au théâtre du Saulcy pour leur précédente production, j’ai du mal à en percevoir le sens, les impressions restent agréables. Et la musique de Kafka, un post rock dont on sent les inspirations, de Tortoise à GYBE!, était du meilleur effet pour l’occasion. Suivait un live d’Alva Noto, une musique contemplative soutenue par une video toute en frémissement de neige sur un écran géant. Joli et cotonneux, j’aurais même pu me laisser gagner par le sommeil, la fatigue de la semaine me gagnant déjà. Mais nous ne sommes pas restés jusqu’au bout de ce set, tenaillés par l’envie d’aller jeter un coup d’oeil aux excellents Papier-Tigre, calés en dernière minute au tunnel. Nous étions là hors du cadre de Musiques Volantes… mais leur set math rock nerveux et efficace en était largement au niveau.

(à suivre)